Chapitre 9

Le saut de l’ange

 

 

– Désolée de vous interrompre dans vos galipettes mais il y a une mission plus urgente à faire.

– Rina ! Qu’est ce que tu fais là ?! m’écries-je, rouge de gène qu’elle nous est interrompue.

– Ça serait plutôt à moi de dire ça. Vous avez vu vos têtes ?

– C’est pas ce que tu crois ! crions-nous synchronisation Yuto et moi

– Comment as-tu su que j’étais là ? demande-je après réflexion.

– Pas le temps de t’expliquer, on bouge.

L’intrus de la pièce s’avance vers moi d’un pas rapide, m’attrape férocement la main pour me tirer d’une force incroyable vers la sortie. Plus que surprise par sa poigne, mon regard se tourne vers son visage qui laisse entrevoir, pour mon plus grand étonnement, une inquiétude sévère et un stress palpable. Ça n’envisage rien de bon. Je lance un regard vers Yuto pour lui signifier que la scène romantique est finie mais celui ne semble pas du même avis et commence à nous suivre dans le couloir.

– Où est ce que tu l’emmènes ? demande t-il à Rina d’une voix forte

– Du calme Roméo, je l’emmène faire son travail.

– Mais qu’est ce que tu racontes Rina ? Et c’était quoi ce bruit tout à l’heure ? l’interroge-je.

– Un suicidaire.

Bien que la main de Rina exerce toujours une pression sur mon bras pour me faire accélérer, mon corps ralentit précipitamment pour s’arrêter complètement, la retenant à son tour. Elle tourne la tête dans ma direction.

– Un suicidaire … ? souffle-je, perdue.

Celle-ci s’arrête dans sa course et relâche finalement mon poignet meurtri d’une marque bien apparente. Elle entame d’une voix à peine voilée de stress:

– Il est actuellement sur le toit du lycée. Ce que vous avez entendu n’était que les élèves qui l’ont vu dans la cour.

– Il a …commence à demander Yuto.

– Non, il n’a pas encore sauté, répond directement Rina, voyant où il voulait en venir.

Elle lance un regard furtif vers la fenêtre. Yuto et moi laissons pivoter nos têtes vers l’endroit indiquer par les yeux de Rina. Il est difficile de distinguer quelque chose avec les gouttes ruisselantes sur les vitres, laissant une vue floue sur l’extérieur. Cependant, mes yeux sont comme attirés par une silhouette qui bouge tout en haut de l’immeuble. Inquiète par ce que je pense voir, je m’approche précipitamment de la fenêtre pour coller ma tête à la vitre et je distingue avec effroi une personne de l’autre côté du grillage de protection sur le toit. Choquée, je n’ose quitter des yeux la scène alors que Yuto s’exclame:

– Il faut tout de suite appeler les professeurs !

– Je ne suis pas sûre que cela soit la meilleure solution, pose fermement Rina, en croisant les bras.

– Comment tu peux dire ça ? s’écrit Yuto en colère. Nous n’allons pas le laisser comme ça !

– Il n’a aucune confiance en les professeurs. Les emmener ne feraient que le persuader de sauter.

– Alors qu’est ce que tu proposes ? la questionne-t-il, la voix emplie de stress.

– Sayuri.

Mes yeux se décrochent finalement à l’entente de mon prénom. Je questionne Rina du regard.

– Comment ça moi ?

– C’est toi même qui me l’as dit, La prêtresse a comme devoir de sauver tous les malheureux qui ont demandé son aide.

– Tu veux dire que …

– Oui, c’est l’élève dont parler la fille de l’autre jour. Celui dont l’état s’empire et là, on est à la limite.

Mon corps recule d’un pas. C’est l’affaire dont je ne me suis pas occupée ! J’ai ignoré une mission importante quand une vie était en jeu pour mes petits problèmes ! Comment ai je pu faire passer mes états d’âmes avant de ceux qui ont besoin. C’est encore à cause de moi si quelqu’un va mourir ! J’aurai du mieux écouter cette demande ! J’aurai du …

– Sayuri !

La voix de Yuto me ramène à moi. Il me tient le bras, empêchant mon corps de fuir à toutes jambes. Mes oreilles recommencent à siffler et je sens mon corps devenir lourd d’un coup. Yuto me rattrape vite, me prenant dans ses bras.

– Je .. J’ai manqué à mon devoir Yuto ! J’ai j’ai complètement oublié cette demande et maintenant quelqu’un va en pâtir !

– Calme toi, ton corps est blessé. Ton coup sur la tête a pu te créer un traumatisme crânien. On devrait aller à l’hôpital…

– Je l’ai oublié et maintenant il va sauter ! continue-je, hystérique.

Une voix nous intervient avant que Yuto puisse continuer :

– Ce n’est pas le moment pour les regrets. Ce garçon va au plus mal et nous seuls pouvons l’aider.

– Mais comment Rina ? m’exclame-je m’approchant vers elle. Je ne connais rien sur lui.

– Moi si. Je l’ai suivi pendant plusieurs jours et je sais ce qu’il faut savoir.

– Alors qu’est ce que tu attends Rina ! Vas y ! Tu es celle qui peut le sauver ! cries-je, agrippant ses bras comme pour la secouer.

– Je ne peux rien faire.

– Qu’est ce que tu racontes ?! Rina ! Tu as toujours du être celle qui devrait être prêtresse ! Tu agis vite et bien ! Tu restes concentrée sur les requêtes ! Tu n’oublies rien ! Tu lies les gens comme des livres ouverts ! Tu es bien meilleur que moi ! Tu l’as toujours été ! Je devrais plus être ton assistante ! Alors va l’aider ! Je t’en pris !

– Non ce n’est moi qui peut l’aider.

Le regard de Rina se métamorphose pour devenir plus doux. Sa main vient doucement se poser sur ma tête pour effectuer quelques caresses rassurantes.

– Je ne suis pas celle qui parle aux gens. Je ne suis pas celle qui rallie les troupes. Je ne suis que l’assistance de la prêtresse. C’est toi la prêtresse. C’est toi qui sais comment prendre les gens, comment agir avec eux, comment les aider au mieux. Je ne sais pas faire tous ça. Mais toi oui.

Son regard transperce le mien. Comme si elle voulait que ses mots touchent mon cœur en panique. Et c’est l’assurance de sa flèche qui calma mes doutes. Rina a confiance en moi. Sa confiance est sûrement la chose dont je suis la plus fière de posséder. Elle est la personne la plus intelligente que je connaisse. Si elle pense que je peux le faire, c’est que j’en suis capable. Qualifiée ou pas, je peux tout tenter pour essayer de l’aider. Je l’ai toujours fait jusqu’à présent. Je dois mettre toute mon expérience acquise avec le club dans le sauvetage de ce garçon. Pour me pardonner de ne pas l’avoir considéré avant. Mes doigts viennent sécher rapidement l’humidité discrètes de mes yeux. Je relève mon buste, prends une grande inspiration et resserre les bandages de mes mains. Que le combat commence. Nous entamons une nouvelle marche rapide en direction des escaliers.

– Qu’est ce qu’on a, assistante ?

Rina sourit légèrement avant de reprendre son sérieux.

– Kazuma Kojima. En première année de lycée, intelligent, gentil, ingénieux, réservé, c’est un élève timide et différent de sa classe ce qui lui attire les foudres d’autres qui ont besoin de cogner. Il semble qu’il subisse plusieurs sabotages sur ses affaires.

– Quel est sa relation avec la fille qui est venue nous voir  ?

– Il s’entend particulièrement bien avec elle. Ils discutent parfois furtivement en classe mais elle a arrêté ses derniers temps de lui adresser la parole. Je pense que…

– Ses amies lui disent de ne pas le fréquenter, l’interrompe-je.

– Exactement.

– Concernant les professeurs ? Quel est le soucis ?

– Il parle rarement avec ses professeurs. Par contre, il a eu un rendez vous avec l’un d’entre eux mais je ne sais pas ce qu’il s’est passé.

Nous entamons la montée des escaliers d’un pas de course pour atteindre le dernier étage. Je vois avec étonnement Yui, de dos, devant la porte qui mène au toit.

– Yui ! m’écries-je en l’apercevant.

– Prêtresse !

Elle se précipite dans mes bras, le visage plein de larmes, agrippant fermement mes bras de ses poignets tremblants.

– C’est horrible ! La porte est fermée de l’extérieur. Je n’arrive pas à l’ouvrir. Et j’ai beau essayer de l’appeler, il ne m’entend pas !

– Du calme Yui. On va l’aider, tous ensemble, tente-je de la rassurer.

Son regard plein de larmes s’écarquille d’un coup en distinguant mon bandage à la tête.

– Oh mon dieu, qu’est ce qui t’es arrivée ?! s’écrit elle en soulevant mes cheveux pour regarder le bandage de plus près.

– C’est une longue histoire, rigole-je mal à l’aise, grattant ma joue.

– Tu as même des bandages aux mains ! Et Yuto ! Ton visage est tout rouge !

– Ne t’inquiète pas, ça passera, dit il d’un geste de la main.

– Mais…

– Nous ne sommes pas la priorité maintenant Yui, l’interrompt-je. On s’en occupera après. On doit aider Kazuma.

– La porte est fermée, il n’y a rien à faire.

– Laissez-moi essayer, intervient Yuto en s’approchant de la porte. Je suis l’homme de la situation.

Yui et moi esquissons un sourire. Il pousse autant qu’il peut mais rien ne bouge. Il décide finalement de reculer pour prendre de l’élan et charge la porte. Retenti alors un gros coup mais rien n’a changer. Il se masse l’épaule meurtrie et souffle :

– C’est impossible.

– Il y a qu’une chose à faire, affirme Rina, en nous poussant du chemin.

Je la regarde, circonspect, pour la voir lever vivement la jambe et tel un vieux maître chinois, l’abattre contre la poignet de la porte. Celle-ci s’ouvre dans un grand fracas, tapant violemment contre le mur extérieur. Nous regardons tous Rina ébahis. Elle nous répond avec un regard de comme si c’était tout à fait normal.

– J’ai 5 frères je vous rappelle.

– Ma virilité en prend un coup, gémit Yuto.

Après cette petite détente de l’atmosphère, je me démarque, me plaçant devant la porte, prête à affronter ce qui va arriver.

– Restez ici, je vais y aller seule. Il peut se sentir acculer avec plusieurs personnes.

Alors que je commence à avancer, une main me retient. Yuto me fixe inquiet.

– Ne fais rien de dangereux.

– Tout va bien aller. Je fais ça tous les jours et on ne sous-estime jamais la prêtresse ! lui souris-je de toutes mes dents, me gonflant d’autre part de courage.

Mon regard pivote entre chacun d’entre eux et je m’exclame, gonflée d’émotions.

– Merci à vous tous. Vous êtes mon soutien qui me poussent à avancer. Merci.

 

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