Chapitre 8

Te protéger

 

 

– Tu as une mine affreuse.

– Tes compliments me vont droit au cœur Rina.

J’apprécie toujours les encouragements de bon matin de la part de ma collègue de club. C’est vrai par rapport à sa mine parfaitement soignée, j’ai l’air d’un fantôme venu hanté les vivants. Encore une nouvelle journée qui s’annonce longue. Surement moins long que ce week end si court. Alors que j’adore retourner au lycée le lundi à mon habitude, l’envie de revenir s’évapore petit à petit au fur et mesure que j’avance dans le couloir extérieur. La reprise des cours, le club, les élèves … ce sont mes passes temps et le week end me semble d’habitude si interminable. Tout est inversé à présent. A croire que je deviens normale. Je soupire d’agacement. Mes jambes doivent traîner de force mes pieds pour avancer tellement mon corps croule sous la fatigue. Si je continue à faire des nuits blanches comme ces derniers temps, je vais finir par tomber dans une tombe. Je sens la main de Rina se poser doucement sur ma tête.

– Il s’est passé quelque chose ?

– Quoi ?! Non ! Non ! Tout va parfaitement bien ! Les esprits me parlent quotidiennement alors c’est un peu fatiguant mais sinon je pète la forme ! Affirme-je, prenant la pose d’un bodybuilder.

– Je vois, répond-t-elle simplement.

Mes piètres mensonges ne font pas le poids face à Rina, elle ne me croit absolument pas. Cependant, elle ne pose pas plus de question et continue son chemin. Je la suis, étonnée. J’ai un mauvais pressentiment. D’habitude, elle se serait empressée de faire son interrogatoire pour mettre son nez partout. Que mijote-t-elle ?

– Prêtresse !

Je me retourne pour découvrir un groupe de jeune fille derrière moi, attendant avec impatient mon intérêt pour elle.

-Bonjour, souris-je, comment allez vous ?

– Parfaitement bien Prêtresse ! répondent elles en cœur.

Je rigole face à leur synchronicité.

-Nous tenons à vous remercier pour tout ce que vous faites pour nous ! s’exprime l’une d’elle en s’inclinant, suivit des autres.

– Non, non, ce n’est rien ! Pas la peine de vous incliner, dis-je en secouant les mains, mal à l’aise.

– Vous êtes si gentille avec nous !

– Et vous avez démasquée Akane qui était la reine du lycée.

– Et prouvée que le journal du lycée avez tort ! Je l’ai lu dans l’article d’aujourd’hui, ils ont fait des excuses public écrit par la présidente du club en personne !

– C’est vrai qu’ils ont été dur avec Himeka.

– Les gens peuvent être si méchants !

– Mais notre prêtresse est là pour nous aider !

Alors qu’elles continuent à me parler avec enthousiasme, j’aperçois malgré moi, des cheveux blond se diriger vers ce côté du couloir. Les mains tremblantes, je balbuties :

– Oula ! Les esprits m’appellent, je dois y aller ! C’était un plaisir !

Sans attendre le feu vert, je me précipite dans la cour intérieure du lycée pour couper à travers champ afin d’atteindre le couloir à l’opposée. Maladroite, mes mains bataillent pour ouvrir la porte donnant à sur le bâtiment, mais réussissent finalement tirant sur l’instinct de survie. Je cours à en perdre l’haleine dans les couloirs, ne prêtant aucune attention à ceux que je bouscule. Je ne veux pas le voir …. Je ne veux pas le voir … Je ne veux pas le voir !

 

– Je savais que tu cacherais là.

La lumière aveuglante provenant de la porte ouverte m’éblouie. La tête avachie sur le bureau de ma pièce fétiche, je détourne le regard vers mon interlocutoire.

– Qui te dit que je me cachais …

-Ce n’est pas bon de rester dans le noir tu sais, m’ignore-t-elle, ouvrant légèrement les lourd rideaux violets de notre salle de club.

La lumière m’aveuglant, je grogne, enfonçant de plus belle ma tête dans mes bras.

– Tu peux m’expliquer qu’est ce que c’était que ça ? Demande Rina, courbant les bras sur sa poitrine.

– Je ne vois pas de quoi tu parles.

– Ne me prends pas pour une idiote, me répond-t-elle, sèche.

– Je n’ai pas envie d’en parler, me referme-je.

– Je vois.

N’insistant visiblement pas sur le sujet, Rina entreprend de mettre quelque peu en ordre la pièce sans un mot. Elle se met ranger les feuilles des anciennes requêtes qui traînent sur les étagères. Avec précision, elle les dépose les unes sur les autres après avoir jeter un rapide coup d’œil sur leur contenu. Je l’observe s’occuper activement de sa tâche. Voyant que je la fixe du regard, elle se tourne légèrement vers moi. Je pivote rapidement ma tête de l’autre côté, prétextant n’avoir rien fait. Le bruit des feuilles me signale qu’elle a repris son activité. Je ne veux pas qu’elle puisse me voir. J’ai la sensation qu’elle pourrait lire tout en moi d’un simple regard. Elle m’a toujours impressionnée. Ce calme imperturbable, cette observation constante de tout ce qui l’entoure. Des fois, je me demande si elle ne ferait pas une meilleure prêtresse que moi…Ce silence de mort est interrompu par le bruit d’un toquement sur la porte ouverte.

-Excusez-moi de vous déranger, commente une voix toute timide.

Je me redresse sur ma chaise et l’invite à entrer d’un regard. L’invitée surprise s’avance avec gêne pour s’asseoir en face de moi. Armée de froufrou un peu partout sur son uniforme et de mèches de couleurs dans ses cheveux, je fixe sans grande concentration la jeune fille. Remarquant surement mon manque de réaction, Rina prend la parole :

– Qu’est ce que le club d’occulte peut faire pour toi ?

-Eh bien, je ne viens pas pour moi mais pour un camarade de classe.

Les yeux perdus dans le vide, mon esprit se perd dans toutes ces réflexions inlassablement. J’ai beau essayer de me concentrer sur la requête en face de moi, mes pensées en reviennent constamment à la même chose. Tel est cercle vicieux infernale. Que vais-je faire si Toyu répète ce qu’il sait ? Je vais devoir déménager avant que tout parte en vrille. Non, c’est impossible. Elle ne voudra jamais. Elle préféra m’envoyer dans cet établissement lugubre pour m’éduquer.

-J’ai l’impression qu’il se fait embêter par d’autres élèves, continue d’expliquer la voix de la jeune fille en face de moi.

Elle me voit comme un fardeau vu tout ce qu’elle fait pour moi. Je ne vais pas encore la forcer à trouver un nouvel établissement pour moi. Ça déjà était assez compliqué la première fois. En y pensant, je me demande comment elle va … J’espère qu’elle n’est pas trop occupée par son travail.

– C’est un garçon si gentil, il m’aide à chaque fois que j’en ai besoin.

Mais je n’en reviens pas. Comment a-t-il fait pour découvrir ce qu’il s’est passé ? A-t-il fait des recherches sur moi ? Pourtant, cette histoire est enterrée depuis si longtemps. Et cela était dans une petite ville. Personne ne s’intéresse à ce qu’il se passe là bas. Comment a-t-il peu avoir accès à de tel information ?

-Je ne vois pas pourquoi d’autres élèves lui voudraient du mal ! Il est si gentil ! Mais je vois bien que quelque chose ne va pas.

Est ce que Yuto le sait ? Est ce que lui aussi sait ce qu’il s’est passé ? Si il connaît aussi cette histoire, il va me détester lui aussi ! Et, je ne veux pas qu’il pense des choses affreuses sur moi. Aussi bien si c’est la vérité. C’est égoïste mais ….

 

 

Coupable, coupable, coupable, coupable, coupable, coupable, coupable, coupable, coupable, coupable, coupable, coupable, coupable, coupable, coupable, coupable

C’est ta faute, maudite fille

 

– J’espère que vous pourrez l’aider ! S’il vous plait, les esprits doivent l’aider !

Le cri désespéré du cœur en face de moi me ramène à l’instant présent. Je vois la jeune fille de tout à l’heure en larmes, cachant son visage de ses mains. J’ai complètement perdu le fil de la conversation. Je jette un coup d’œil à Rina, celle ci lance un regard vers la jeune fille, me faisant comprendre de gérer la situation. Mais ma bouche reste muette face aux reniflements de sanglots. Perdue, je ne réagis pas face à cette âme en peine. Comment puis je la consoler alors que je suis incapable de régler mes problèmes. Je ne mérite pas d’être assise à cette place…

– Nous allons nous en occuper. Mais pour ça les esprits doivent méditer, nous te recontacterons plus tard, intervient finalement Rina, nous sortant de ce silence pesant.

La jeune fille se lève de sa chaise, me lance un dernier regard de détresse, les yeux embrumés de larmes sincères, et repart après une dernière inclinaison. Rina soupire pour la première fois.

– Je ne sais pas ce que tu as mais si tu ne le règles pas rapidement, tu ne pourras plus aider personne.

Face à mon manque de réaction, Rina soupire une deuxième fois, visiblement agacée. Alors qu’elle s’apprête à refermer la porte, elle dit tout haut :

– Il y a Yuto et Yui qui arrivent.

Face à l’entente de son nom, je me cache précipitamment, par réflexe, sous mon bureau et lui chuchote avec empressement :

– Dis lui que je ne suis pas là.

J’entends leur pas se rapprocher dans le couloir. Les jambes tremblantes, j’attends que ce pénible moment passe, camouflé sous mon bureau. Je ne veux pas lui faire face. Je ne veux pas le voir. Il me rappelle constamment que …

 

Coupable

Je ferme les yeux et mets mes mains sur ma tête d’un geste plein d’angoisse comme pour stopper les voix qui parlent. Mais elles sont impénétrable. J’aurai beau me boucher les oreilles, elles seront toujours là. Je sais déjà ce qu’elles me répètent. Je ne veux plus rien le ré-entendre. Soudainement, la voix de Yui résonne dans le couloir.

– Bonjour Rina ! S’écrit Yui au loin.

– Bonjour Yui, tu es en retard aujourd’hui.

– Excuse-moi, j’ai croisé Yuto et il m’a accompagné, répond-t-elle, sa voix plus proche que précédemment.

– Bonjour Rina, Sayuri est ici ? Demande une voix masculine.

– Non, elle n’est pas ici.

– Étrange, j’aurais juré la voir se diriger par ici, bredouille Yui.

-Que lui veux tu ? demande froidement Rina

– Lui parler, j’ai quelque à lui dire.

-Je vois. Mais elle n’est pas ici. Si vous voulez bien m’excuser, j’ai des dossiers à remplir.

Sans un mot de plus, je l’entends refermer la porte. Ses pas se rapprochent du bureau pour en faire le tour et se retrouver devant moi. Elle s’abaisse à ma hauteur, pliant soigneusement sa jupe pour s’accroupir.

– Donc, comme tu ne sais pas comment répondre à ses sentiments, tu décides de l’éviter. C’est d’un romantisme. Je ne te connaissais pas comme ça.

– Ce n’est pas ça ! Réplique-je, rouge.

– En même temps, une déclaration faite par un garçon avec une double personnalité est délicat à gérer.

– Quoi ?! Comment tu le sais !? cris-je en me relevant, me cognant sous le bureau.

– Sous-estimerais-tu l’assistante de la grande prêtresse, sourit elle malicieusement.

Je masse la bosse sur ma tête. Comment peut elle toujours tout savoir ? C’est surement elle à qui les esprits parlent.

– Donc, continue t elle, ce n’est pas en l’évitant qui tu règles le problème. Tu ne fais que l’ignorer.

– Qu’est ce que je dois faire selon toi ?

– Va lui parler.

– Et si cela génère de gros problèmes ?

– Ce n’est pas en l’évitant que le problème n’existe plus.

Sa repartie est toujours aussi saignante. Mon bouche reste pantoise devant ses mots.

– Ou tu préfères que j’aille lui dire que ses sentiments ne sont pas réciproques, réplique Rina en commençant à se lever.

– Non, l’arrête-je en agrippant sa manche.

– Donc c’est réciproque.

– Je n’ai pas dit ça !

Je détourne le regard, rougis par ce propos.

– Je veux juste pas à avoir affaire au problème et à tout cela va me mener.

– C’est pour ton bien. dit elle voulant poser sa main sur ma tête.

Pour mon bien ? Ces mots résonnent dans ma tête. J’ai oublié que Rina n’avait aucune idée de quoi je parlais réellement. J’ai parfois la sensation qu’elle est si proche de moi, qu’elle connait tout, qu’elle sait à quoi je pense. Mais non. Elle ne sait pas. Je pose trop de responsabilités sur elle. Elle est mon assistante. Elle ne me connait pas.

– Tu ne comprends pas, murmure-je en sortant de ma cachette, repoussant son geste. J’ai besoin d’être seule, lance-je, mettant fin à la conversation.

 

 

Les quelques pas résonnant dans le couloir font ressortir la solitude présente dans l’immeuble. Pendant la pause déjeuner, les meutes se sont déplacés vers le coin vert ou vers le lieu de ravitaillement : la cantine. Je me gratte le cou. Mon objectif est de penser à cet élève mal traité. Cela va me faire un peu oublier tous les soucis que j’ai actuellement. Dans ma marche, je passe devant le club de dessin et j’aperçois quelques élèves concentrés sur leurs peintures. Le thème d’aujourd’hui semble être les saisons de l’année. Cela doit leur changer de dessiner des pommes à longueur de temps. Je les observe quelques temps à travers la vitrine. Chacun parait concentrer sur son tableau. Quelque fois, une fille se retourne vers une autre pour échanger un rire. Rien à signaler ici. Toute le monde semble bien portant. Depuis l’affaire avec Yui, le club de peinture est redevenu un lieu d’amusement. La pression des concours s’est évaporée. Les deux jeunes filles qui brimées Yui devaient aussi agir sous le stress. Tout ceci est terminé. Je reprends ma marche, le cœur légèrement apaisé. Alors que je m’apprête à dépasser les toilettes étonnamment bruyante, mon pied glisse sur un liquide au sol. J’y vois des taches rouges. Mon cœur ne fait qu’un battement. Du sang ?! Prise de panique, j’entame précipitamment la descente des escaliers juste à côté. Tout va bien, ce n’était que de la peinture à cause du club juste à côté. Tu te mets à avoir des hallucinations ma vieille et c’est souvent mauvais signe. Respires…

Personne n’est mort par ma faute

Les mots de Toyu me reviennent en plein fouet. Je sais déjà tout ça. Pitié, je ne veux plus l’entendre. J’arrête ma course en plein milieu des escaliers pour m’accroupir. Je sens un liquide couler sur mes joues. Je déteste pleurer au lycée. Si quelqu’un me voyait… En essayant de me reprendre, les larmes aux yeux, je jette un coup d’œil à l’extérieur où le ciel témoigne aussi sa douleur.

Il commence à pleuvoir

 

 

– Tout ceci ne m’enchante guère tu dois le savoir.

Le bruit incessant des pieds mouillés sur le sol vient remplir la salle vide. La colère du ciel se témoigne du bruit qui gronde au loin. Des éclairs viennent mettre un peu de luminosité dans cette pièce si peu éclairée pour repartir ensuite égoïstement avec leur lumière. J’entends le son des gouttes tomber inlassablement sur les vitres de la fenêtre à côté de moi. La journée est passée sans qu’on ne sache si l’on était le matin ou le soir au vu de la noirceur inépuisable du ciel. Aucune lumière n’est apparu depuis ces derniers jours.

– Sayuri, je te parle.

Je lève les yeux vers la professeur Yuu. Assise derrière son bureau, les mains croisées, elle me lance un regard inquiet.

– Excusez-moi professeur, j’étais dans les nuages.

– Cela ne te ressemble pas Sayuri. Ton intérêt pour les cours a chuté drastiquement, les élèves me demandent de tes nouvelles tellement ils ne te voient que brièvement. Où est passé ton intérêt pour les autres toi qui aidais toujours quand tu le pouvais ?

– Je ne suis plus sur d’être apte pour ça, professeur.

– Que veux tu dire ?

– Peut être que je ne fais ce pas qu’il faut …. Je ne mérite pas d’aider les autres …

– Faut il un mérite à ça ?

Le silence est la seule réponse que je lui donne. Je croise mes bras refroidis sur ma poitrine, espérant générer un peu de chaleur.

– Je vois que tu ne veux pas me parler et cela m’attriste beaucoup, souffle la professeur Yuu. Comme convenu, je vais devoir appeler ta mère.

– Non, je vous en pris ! me redresse-je, tapant mes mains sur la table.

– Je suis désolée mais il était prévu qu’au moindre changement comportemental, je devais la prévenir.

– Je vous en pris, je ferais des efforts ! Vous savez où elle m’enverra si vous l’appelez !

Je sais parfaitement …Je te donne une dernière chance et taches de te reprendre. Tu sais ce qu’il m’en coûte de faire ça.

-Je vous remercie infiniment professeur.

Après une dernière inclinaison, je sors de cette pièce étouffante. A peine ai-je posé un pied dans le couloir que je suis tirée par le col. Je suis tout d’un coup relâchée, me faisant tomber par terre. Je relève la tête pour trouver une Rina en colère et une Yui inquiète.

– Soit tu nous parles maintenant soit on peut fermer le club.

– Rina, je ne crois pas que …commence Yui

– Non Yui, interrompt Rina, ne rien dire n’est pas la bonne solution. Ça fait une semaine qui tu te traînes comme un zombie sans âme, errant dans les couloirs. Tu ne viens même plus au club ! Comment on est censé gérer toutes les requêtes sans notre prêtresse ? Tu es en train de perdre toute la confiance des élèves que tu as mis tant d’années à construire.

– Je suis désolée, souffle-je

Rina soupire. Elle se calme et reprend posément.

– Alors ?

– Je ne peux pas vous en parler.

-Pourquoi ?

-Vous …vous allez me détester … Tout le monde l’a fait…

– Mais nous, nous sommes tes amies, répond doucement Yui, se mettant à ma hauteur. Tu as été là pour moi quand j’en ai eu besoin alors je serais toujours là pour toi. Et Rina aussi.

– Mes amies… ?

Mes lèvres répètent les mots de Yui, comme pour la première fois.

– A moins que tu n’es pas assez confiance en nous.

– Ce n’est pas ça …

– Si tu crois qu’on réagira comme ça alors ce que tu ne nous connais pas.

Touchée par les mots de mes camarades, je retiens mes larmes qui menacent de se déverser. Je hoche doucement la tête pour signaler à Rina que j’ai entendu.

– On sera là quand tu seras prête à parler. Si tu n’as pas envie, on ne peut pas te forcer.

Rina commence à partir suivit de Yui qui me quitte tristement.

– Sayuri.

Je me retourne vers Rina pour la voir de dos me lancer une dernière phrase.

– Gardez toutes ces émotions contradictoires à l’intérieur n’est jamais bon.

 

 

Le sac en main, je m’apprête à rentrer comme la plupart des élèves. Je ne sais plus quoi penser. Ni même comment agir. Je suis complètement perdue. Seulement ces phrases répétées qui m’empêchent d’y voir clairement.

Coupable

Arrêtez !

Une voix juste à côté de moi attire mon attention. Hésitant entre la réalité et les facteurs de mon imagination, je n’ose bouger. Encore un mirage ? Si cela continue, je ne pourrais plus différencier ce qui a dans ma tête et ce qui est devant moi. Pressant la main sur ma tempe, j’essaye de calmer mon mental quand un second appel retentit. C’est une voix en détresse, sans aucun doute. Elle est bien réel. Reprenant du poil de la bête, je cherche d’où provient cet appel. Le couloir extérieur est vide de mon côté et seules les bruits des gouttes s’écrasant contre les toits m’empêchent de clairement entendre. Puis soudainement, des cris étouffés se font légèrement distinguer à travers la pluie. Sans me soucier du temps, je me dirige désespérément derrière le bâtiment, près des poubelles, ne prêtant aucune attention au orage. Dès que ma tête a franchi l’angle de l’immeuble, le sang me monte à la tête. Une jeune fille, surement de première année, coincée entre 4 étudiants masculins. Un a posé la main sur la bouche de la fille, pour la faire taire. Je le sens, leurs intentions n’ont rien de pur.

– Hey ! cris-je pour me faire entendre à travers la pluie battante.

Ils se retournent tous vers ma direction et s’écartent légèrement de la fille.

– Ne serait ce pas notre prêtresse ! Même mouillée, on sent toute l’aura magique autour d’elle, se moque l’un d’entre eux, s’approchant dangereusement de moi.

– N’est ce pas ! Et tu n’as encore rien vu de ce que je peux faire, lance-je, le sourire carnassier.

– Je demande à voir.

Les deux autres lâchent finalement la fille, plus intéressés par ma présence Il n’y aura pas d’autres opportunités. Serrant rageusement les poings, je fais signe à la fille de courir vite. Serrant son sac contre son buste, elle se met à se ruer vers l’autre côté de l’immeuble, échappant du regard de ses agresseurs.

– Tu l’as fait fuir ! Salope, pour qui tu te prends !

– Pour quelqu’un qui ne vous laissera pas faire du mal aux autres !

– On lui a juste parlé ! On allait rien faire mal.

Espèce de gros menteur, l’excitation sexuelle et ta gorge me hurlent le contraire. Si je ne les retiens assez longtemps, la fille pourra leur échapper définitivement.

– Personne ne plaque quelqu’un contre un mur pour lui parler. Si tu as besoin de conseil de drague, je te confirme que tu t’y prends mal.

Immédiatement, je regrette le fait de l’avoir provoqué. Il attrape mon visage violemment dans sa main et me crache à la figure.

– T’es qu’une merde. Tu ne mérite pas d’être en vie.

 

Comment cela se fait il que tu soit en vie !

C’est pourtant de ta faute !

Meurtrière !

Mon sang ne fait qu’un tour et je mords rageusement sa main de mes dents. Il hurle pour ensuite retirer sa main de mes crocs. Il recule de quelques pas en se tenant la paume. Sans lui laisser le temps, mon bras lui jette mon sac à la figure. Le choc le fait lourdement retombé par terre. Je grimpe sur lui pour lui asséner de violents coups en pleine face. Je cris. Sans plus rien contrôler, je cris. Tout ce qui a été retenu ressort à ce moment là. Alors que mes mains commencent à se colorer de rouge, mes poings s’abattent rageusement sur le visage de mon agresseur.

– Je le sais déjà ! Je le sais déjà ! Tu me l’as répété tout les jours en me foutant dans ce fichu placard plein de moisissure. J’étais terrifié ! On y voyait rien dedans ! Mais tu n’en n’avais rien à faire. Et elle te regardais faire sans rien dire ! Sa propre fille ! Je sais que je n’aurais pas du naître ! Je le sais depuis la naissance ! Ça n’a fait que le confirmé ! Tout ce que je fais c’est de faire mal ! J’ai voulu réparer mes erreurs ! Mais je ne fais que du mal ! Qu’est-ce que je dois faire ?! Rien de ce que je ne puisse faire ne le ramènera !

C’est alors qu’après avoir crié ce que j’avais sur le cœur, je suis arrachée de ma position pour être jetée contre le mur par mes assaillants. Ma tête cogne violemment le mur. Je m’écroule au sol, dans l’herbe trempée par cette pluie incessante. Les cheveux collés au visage meurtrie, la bouche pleine de sang, les phalanges ouvertes, tout ce qui avait de glorieux à être une prêtresse s’est envolé. Mes oreilles bourdonnent une bruit strident. Ma vue devient floue. Celui à terre ne s’est pas relevé. Des pieds apparaissent devant moi. Je me sens alors soulever puis de nouveau plaquée contre le mur.

Les deux garçons qui me maintiennent me crachent des paroles mais je n’entends rien. Juste des mots qui arrivent à s’échapper. J’entends résonner dans tout mon corps les battements frénétiques de mon cœur. Je n’ai plus la force de me défendre. Ma tête me fait horriblement souffrir. Mes bras ne répondent plus à mes appels. Alors que le troisième s’apprête à m’affaisser un coup, il tombe soudainement à terre, laissant apparaître derrière lui un garçon aux cheveux blond plus qu’énervé.

– Qu’est-ce …te laisse faire ?!

Soudain, le bruit de la pluie me revient doucement dans les oreilles. Je sens de nouveau le sang passer dans mes veines. Je sens la chaleur brûlante de mes mains ainsi que le sang amer dans ma bouche. Les deux assaillants me lâchent soudainement, me laissant retomber lourdement au sol. Je redresse la tête difficilement pour voir où vont mes assaillants. Ils se dirigent vers le jeune homme au cheveux couleur citron. Celui me regarde inquiet avant de voir ses ennemis arriver. Il prend une position de combat. Sautillant d’un côté puis de l’autre de ses pieds, il s’échauffe avant le combat. Je le regarde paniquée. Ces gars sont des élèves de dernière année et bien plus sportif que lui. Me prenant au dépourvu, mon sauveur assène un coup dans le genou de l’un, le faisant tomber au sol par déséquilibre. Son poing s’abat sur le visage de celui à genou. Mais l’autre élève le surprend par derrière et le maintiens captif dans ses bras. L’autre se relève, crache du sang rageusement. Pris des deux côtés, il se fait assommer en un coup.

– Ne t’évanouie pas quand tu viens sauver quelqu’un, idiot…, murmure-je.

J’essaye avec difficulté de me relever, ramenant un peu de vie dans mes jambes. Enfin redressée, je titube vers les agresseurs de dos, bien trop occupés à tabasser leur adversaire à terre. Avec toute la force que me reste, je balance mon pieds dans les parties intimes de l’un d’entre eux. L’effet est immédiat, il s’écroule rapidement au sol, tenant l’objet de sa douleur. Je sens en moi l’énergie revenir petit à petit. Je ne peux pas le laisser comme ça. Il est venu m’aider, même si cela a été court. A moi de lui rentre l’appareil. Les esprits, bien qu’imaginaire, sont revenus. Sous la pluie battante, je me redresse fièrement et lance fort au dernier survivant, levant le doigt accusateur en sa direction.

– Les esprits ne m’ont pas quitté ce soir ! Veux-tu que les laisse prendre encore possession de mon corps pour déverser toute leur rage ?! Tu pourras me frapper, me cogner, me jeter ! Rien ne me fera tomber ! Si tu ne veux pas qu’ils te poursuivent pour ce que tu fais secrètement derrière ce bâtiment, tu as intérêt à te rendre et à ne plus jamais recommencer !

L’orage grondant derrière moi, les cheveux collants à la peau, le sang coulant des mes lèvres et le vent agitant mes vêtements font un mélange de film d’horreur des plus effrayants. Je décide de rajouter une dernière touche pour le faire tomber. Léchant le sang autour de ma bouche, je souris malicieusement.

– Le sang des humains peut être si délicieux.

Pris de panique, le lâche s’enfuit à vive allure. Les films d’horreur sont d’une grande aide parfois. Je m’essuie le sang qui coule de mes lèvres, son goût amer me remplit la bouche. Le choc sur ma tête ne m’a pas loupé, je sens des fourmillements dans tout mon corps. Mes jambes tremblent. Le froid mordant du vent sur mes vêtements trempés me ramène à la réalité. Il faut que l’on s’abrite rapidement avant que les éclairs s’abattent sur nous. Je me dirige aussi vite que je le peux vers Yuto, encore évanoui au sol. Ils ne l’ont pas épargné. Sans aucune pitié, les agresseurs lui ont asséné de violents coups sur le visage, le laissant avec un visage gonflé, des joues éraflés, un œil bleu ainsi que de multiples blessures. Difficile d’y voir cette joie sans faille qu’abordait son visage d’avant. Me baissant à sa hauteur, je pose délicatement ma main froide sur sa joue chaude pour lui murmurer :

– Merci

Les mains dessous les épaules, je commence à le tirer avec difficulté vers le couloir, à l’abris de l’orage. Son corps est lourd. Mes oreilles me sifflent un bruit strident et je sens que je ne tiendrais pas longtemps. Je m’arrête un instant, m’accroupissant à sa hauteur pour reprendre mon souffle. Je ne sais pas si je vais y arriver. Alors que mon énergie commence à quitter mon corps, mes yeux se lèvent vers le visage de mon sauveur. La bouche légèrement ouverte, la pluie coule sur son visage brutalisé, nettoyant au passage le sang de ses plaies qui dégoulinent dans son cou. Je me redresse, replace mes mains sous ses épaules et souffle un coup. Avec un gémissement, je commence à le tirer vers le couloir qui n’est plus qu’à quelques mètres. Je ne l’abandonnerai pas. Il a accouru à mon secours sans hésitation, devant des adversaires plus fort que lui. Il m’a protégé. A mon tour de te protéger.

 

Ces yeux émergent de leur sommeil douloureux. Il regarde autour de lui avant que son regard ne se pose sur moi, assise à côté de lui.

– Où est ce qu’on est ? demande-t-il difficilement, la voix embrumé.

– A l’infirmerie.

– Où sont les autres ? dit il alors qu’il commence à se redresser.

– Avec le proviseur, vas y doucement, dis-je en l’aidant à se redresser sur le lit.

D’un coup, sans que je m’y attente, il m’attire à lui, serrant ses poings contre mes avant bras.

– Tu peux me dire dans quoi tu t’es fourrée ?! Et tu t’es laissée faire ! Qu’est ce qui se serait passé si je n’étais pas venu à temps ! cri-t- il.

– Ne dit rien s’il te plait, murmure-je, la tête baissée

– Quoi ?

– Je ….pour ce qui s’est passé… Je t’en pris, n’en parle pas … J’essaye de réparer ce qui a été fait … Je fais tout pour ça…

– Si c’est ça qui t’inquiète, je ne dirais à personne que j’ai retrouvé leur prêtresse affalée par terre, en sang, derrière la cours.

– Tu …tu peux parler ! Qui s’évanouit au premier coup de poing en venant sauver quelqu’un !

– Si je n’étais pas venu, tu aurais été à leur merci ! Qui sait ce qu’ils t’auraient fait !

– J’en ai conscience ! Mais je ne pouvais pas les laisser faire du mal à cette fille !

– En te mettant en danger !

– Eh bien si il le faut, je le referais, c’est mon devoir !

– Tu n’es pas une super héroïne, alors arrêtes de te comporter comme une enfant !

– C’est toi l’enfant ! Espèce de psychopathe !

-Espèce de folle !

Nous nous fixons, dans les yeux, tous les deux très en colère. J’ai conscience que l’on a l’air de deux gamins qui se battent pour un jouet mais je n’ai pas pu m’empêcher de répliquer. Toyu a la fâcheuse tendance à m’énerver avec son air supérieur à me gronder telle une enfant. Tel un duel, les yeux luisants d’avoir crié si fort que ma tête s’est mise à siffler, je ne lâche pas du regard. Le médicament que m’a donné l’infirmière commence à s’estomper. Prise d’un mal, je sens mes joues rougir et mon souffle s’accélérer. Vu mon état, les yeux de Toyu quitte mon regard pour se poser sur le bandage autour de ma tête. Ses yeux s’écarquillent et se laissent glisser vers mes mains elles-mêmes entourées de bandages. La pression de ses doigts sur ma peau se fait moins imposante, relâchant un peu le contact. Son regard passe aussi sur ma poitrine, puis rougit violemment. Il retire rapidement ses mains, comme si je l’avais brûlé, avant de se tourner de l’autre côté afin que je ne puisse pas le voir, soufflant un léger :

– Désolé.

J’enroule avec gène mes bras autour de ma poitrine, souhaitant en cacher le plus possible. Avec tous les soins médicaux que j’ai reçu de la part de l’infirmière, je n’ai pas pris le temps de me changer. Mes vêtements, bien que plus secs, me collent encore à la peau, laissant entrevoir mes sous vêtements. C’est une situation que j’aurais préférée éviter. Mes joues rougissent un peu plus. Je baisse la tête pour qu’il ne me voit pas. Il faut que je lui dise. Je dois lui expliquer ce qu’il s’est réellement passé. Lui dire qu’il ne doit pas en parler. Peut être me comprendra t-il ? Seulement, il avait l’air si énervé dans la salle de classe l’autre jour. Mais je ne veux pas que Yuto l’apprenne. Si il fait comprendre à son double d’une quelconque façon, Yuto me détestera aussi. Je n’ai pas envie que ça arrive. Je ne sais pas pourquoi ça me préoccupe autant pourtant, je veux à tout prix l’éviter. La gorge serrée, ma voix sort à peine de ma bouche.

– Ne dis rien s’il te plait.

– Je t’ai déjà dis que je ne dirais rien. dit il dans un souffle, légèrement aggacé.

– Non, pas sur ça. Sur ce que tu m’as dit dans la classe. S’il te plait, ne le dis à personne. Je n’ai pas envie de recevoir de haine et…

– Sayuri, de quoi est ce que tu parles ? m’interrompt il.

Je relève la tête, surprise. Je ne comprends pas. Ses traits sont beaucoup moins crispés que tout à l’heure. Il me fixe, attendant une réponse.

– Tu… tu m’as bien vu vendredi ? demande-je, surprise.

– Non…au contraire, j’ai essayé de te voir mais ….

– Mais, qu’est ce que tu as fait après les cours ?! m’empresse-je de demander, me penchant vers lui.

– Je suis allée aidé le club de Baseball et je suis rentré. dit il, détournant le regard du mien.

– Et dans la salle de classe, quand tu es venu chercher tes affaires ?! Tu n’as rien vu ?! continue-je, me penchant un peu plus vers lui.

– Non, rien. Je ne me rappelle pas en détail mais je suis rentré après. Pourquoi ces questions ?

Son visage montrait tant de colère …j’ai tout de suite pensé que c’était Toyu. Seulement ça n’a pas l’air d’être le cas. Le visage que je vois à présent est bien celui de Yuto, interrogateur. Cet air enfantin est revenu. Depuis le départ j’ai Yuto en face moi, et non son double ! Je n’avais jamais vu Yuto énervé. Celui qui a toujours été énervé est Toyu. Comme si la colère était un espèce de déclencheur ou du moins, la colère n’est toléré que par Toyu. Mais ce n’est plus le cas. Yuto a réussi à se mettre en colère, à éprouver une autre sensation, sans dédoubler sa personnalité ! C’est à la fois surprenant et incroyable ! Je lui prends le visage entre mes mains et lui sourit grandement.

– C’est fantastique Yuto ! Tu as réussi !

Son visage rougit encore plus. Je me rends finalement compte de notre position. Mon corps au dessus du sien, les mains sur son visage et les visages proches l’un de l’autre au point au point où l’on sent la respiration de chacun. Mon visage se transforme en tomate. Je m’écarte précipitamment de lui pour retourner sur ma chaise. J’essaye de ne pas paraître perturbée mais je doute que cela fonctionne. Je le vois se frotter le coup de gène pour se redresser sur son oreiller. En fixant ses mains bandées, il me parle doucement.

– Je te cherchais. Ça fait des jours que je ne t’ai pas vu. Je suis même venu te voir aujourd’hui à ton club mais Rina m’a dit que tu n’étais pas là. Tu m’évites n’est ce pas ? dit il, tournant les yeux de mon côté.

Ma bouche n’ose pas lui mentir malgré les supplications de ma tête. Ne sachant pas comment allier les deux, je reste muette.

– La dernière fois que je t’ai vu, tu étais au club avec l’élève dont parle le journal. Ce qui m’intrigue c’est que tu m’évites depuis. Il s’est passé quelque chose ?

J’aimerai tellement lui dire la vérité, sur ce qu’il se produit vraiment. Lui dire que je l’ai vu vendredi après les cours. Que l’on a parlé. Lui dire la vérité par rapport à ses crises. Mais comment le prendra t-il ? Les répercutions mentales de savoir la présence d’une double personnalité peuvent être catastrophique. Si il relie les deux souvenirs de sa personnalité, alors il sera au courant de ce que Toyu sait. Puis la dernière fois que j’ai abordé le sujet, Toyu m’a empêché de lui avouer la vérité. Et si il me menace encore ? Je ne peux pas courir le risque de rependre cette histoire dans le lycée. Ça serait fini de moi. Et, je terminerai dans la maison de correction que l’on m’a promit si je ne me tenais pas à carreau. Connaissant les conséquences, je finirai dans l’endroit le plus atroce du pays. Je ne veux pas que cela arrive ! Je veux encore continuer le club. Continuer de me chamailler avec Rina, de rigoler avec Yui et… Et de parler avec Yuto.

– Et pourquoi je t’ai retrouvé dans mes bras cette fois ci dans le parc ? dit il, un peu plus tourné vers moi.

– Je ne peux pas t’en parler, il vaut mieux que tu ne saches rien.

– C’est à cause de mes crises, c’est ça ? Je t’ai fais quelque chose ? Je t’en pris, dis-moi si je t’ai…

– Il ne s’est rien passé. Ne t’en fais pas, l’interrompt-je.

– Alors pourquoi tu ne veux rien me dire ?

Je détourne les yeux pour regarder nerveusement mes mains sur ma jupe collante. Il soupire et ajoute :

– J’ai horreur des mensonges.

Le silence de plombs envahie la pièce. Je relève les yeux vers le garçon en face de moi. Il ne me regarde plus, fixant un point invisible à travers la fenêtre. Il m’en veut. C’est compréhensible, il sait pertinemment que je lui cache des choses. Mais ses mots m’ont plus atteint que je ne le pensais. Mon cœur qui résonne dans ma poitrine me fait mal. Je lui ai menti tellement de fois. Je mens d’ailleurs tout le temps. Sur ce que je fais, sur ce que je suis. Sur ce que je suis réellement. Je ne devrais pas être heurtée quand quelqu’un me dit qu’il n’aime pas que l’on lui cache la vérité. Perturbée, je décide de briser cette atmosphère lourde:

– Mais on ne décide pas si les esprits doivent nous parler ou non, souris-je difficilement.

– Alors c’est eux aussi qui t’ont dit de me suivre ? Arnaque t-il d’un sourcil

– Comment tu …

– Disons qu’avoir une présence qui nous colle 24h sur 24h, on s’en rend compte assez rapidement.

Sans issue, je décide de laisser tomber le masque. J’ai le droit de laisser voir une partie de la vérité non ? Même si je tombe dans son estime après, je n’aurais plus le poids de lui mentir quotidiennement. Lui qui est si gentil envers moi. Il mérite de savoir à qui il a réellement affaire.

– En vérité, je ne suis pas une prêtresse. Je n’entends ni esprits ni fantômes. Rien du tout. C’est un peu vide finalement, rigole-je doucement, mal à l’aise. Je voulais juste monter un club où les gens pourraient trouver de l’aide. Alors j’ai pris le rôle de prêtresse et prétendue avoir des esprits pour me guider mais finalement je suis qu’un piètre détective, sans gadget en plus, finisses-je toujours en essayent de détendre l’atmosphère.

– Donc tu voulais m’aider ?

– Oui, j’ai vu que tu avais un problème alors j’ai essayé de t’aider en découvrant les origines. Mais je l’ai fait sans ton accord et j’en suis désolée. Je n’essayerais plus de mettre le nez dans tes affaires, m’excuse-je en m’inclinant sur ma chaise.

– Mon père…et ma mère sont morts dans un accident quand j’avais à peine 5 ans.

Je lève ma tête étonnée à l’attente de ses paroles. Son visage est tourné vers la fenêtre. Je n’entends que sa voix continuer son chemin.

– C’est mon oncle qui a reçu ma garde permanente. Dans les films, on voit souvent la famille se battre pour avoir la garde de l’enfant. Ça n’a jamais été mon cas. Personne ne voulait d’une charge de plus à nourrir alors la garde a été attribué à celui à qui cela dérangerait le moins : mon oncle. Mais il ne voulait pas de moi, pas besoin de le nier. Et il me le fait savoir tous les jour avec sa totale indifférence envers moi.

Sa voix serrée racle dans sa gorge pour continuer difficilement

– Le jour où tu m’as suivi, je travaillais à son garage puis je suis allé faire des courses pour le garage, pour avoir des trucs à manger dans le frigo autre que de l’alcool. Je fais aussi des jobs à droite et à gauche si tu veux le savoir. Depuis tout petit, je n’ai plus qu’un seul mot d’ordre, survivre. J’ai toujours du tout faire pour pouvoir vivre. Il me laissait à peine de quoi manger pour la semaine. Il posait trois billets sur la table et je pouvais ne plus le revoir de plusieurs semaines. Et ça a commencé quand j’avais à peine 6 ans. Mais je dois avouer que je préfère quand il n’est pas là.

Il tourne la tête vers moi.

– Maintenant, tu le sais.

Son visage contracté et sa gorge qui racle difficilement me prouvent que cela n’a pas été facile. Le voir si désemparé me fait battre le cœur un peu plus vite. Sa vie n’a jamais été facile. Je me sens comme reflété par lui. L’imaginer seul, à 6 ans, dans un appartement vide me fend le cœur. J’ai envie de l’aider. Mais, il manque une pièce du puzzle. Mes doigts, en recherche de contact, s’approchent doucement sa gorge pour se poser sur des traces rougeâtres visible depuis son col à présent ouvert alors qu’il prenait toujours soin de le fermer.

– Si ton oncle est indifférent, d’où viennent ses marques ? demande-je doucement, le regardant dans les yeux.

Sa main vient attraper mon bras tendu vers lui. Sa paume remonte jusqu’à trouver la mienne l’écartant de ses marques douteuses.

– Et toi alors ? Pourquoi tu ne parles jamais de ton passé ? D’où tu viens ? Tes parents ? Pourquoi est ce que tu n’as aucun goût ? Aucune préférence ? Pourquoi passer ton temps à aider les autres ? Pourquoi te mettre constamment en danger ? Qu’est ce que tu dois « réparer » ?

– Une erreur du passé.

Ne s’attendant pas à avoir une réponse, il paraît surpris. Je ne peux pas tout lui dire mais je peux peut être le laisser entrevoir. Le mensonge me fatigue à présent. Un nouveau silence s’installe entre nous. Pourtant, nos paumes ne cherchent pas à s’extirper du contact de l’autre. Peut être est ce la fatigue, le choc sur le crâne ou le mélange de toutes ces émotions retenues qui approchent nos visages l’un de l’autre. L’orage cesse lentement de faire régner sa colère assourdissante pour laisser place aux seuls larmes des nuages. Le bruit de goutte tombant systématiquement sur le même rebord de fenêtre est le seule trouble dans le doux silence de la salle d’infirmerie. Ce silence n’est plus pesant. Il s’est transformé en quelque chose d’apaisant. Nos cœurs semblent comme plus allégés. Ses cheveux blonds paraissent grisés par la lueur bleuté provenant de la fenêtre derrière lui. Sa main remonte lentement jusqu’à mon avant bras, poussant une légère pression pour faire avancer mon buste en avant. Mon corps tremble. D’appréhension ? De peur ? De joie ? De tristesse ? J’en ai guère idée. Remarquant mon trouble, son visage change d’expression pour me sourire doucement, les yeux remplis de tendresse. Mes sourcils viennent se détendre, ma main tient la sienne plus fortement, et mes paupières s’affaissent docilement sur mes yeux.

Ne crains rien

Mon cœur bat tellement vite qu’il est la seule chose que j’entends résonner dans mes oreilles. Et mes joues sont aussi chaudes que des poêles sur un feu. Qu’est ce que je suis en train de faire, bon sang ?! Mes réflexions sont coupés par un contact imminent sur mes lèvres. Je suis surprise mais en même temps, c’est comme si je l’avais su. Une sensation douce, simple et chaleureux, goûtant à cette sensation pour la première fois de ma vie. Mais sa bouche quitte aussitôt la mienne, me laissant dans le désir de regoûter. Alors que j’ouvre lentement les yeux pour découvrir le garçon en face moi, un cri strident interrompt le moment. Quittant la chaleur de Yuto, je tourne ma tête vers la porte qui donne sur le couloir. Celle-ci s’ouvre à grand coup de pied, offrant l’entrée à Rina.

– Désolé de vous déranger les amoureux mais, on a un gros problème.

 

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