Chapitre 7

Le secret des belles fleurs

 

 

Les yeux ébahis, son regard se plante dans le mien. Aucun de nous ne bouge. Les secondes me paraissent des heures. Mais sans que je puisse agir, ma bouche reste sans mot. Pourquoi est-il si surpris de me voir ? C’est bien lui qui m’a pris dans ses bras ? A moins que ce n’était pas lui… Serait-ce Toyu qui a agit avec une telle frénésie ? Même si il a des tendance un peu rustre, je le vois mal avoir un excès de violence si brutale. Toutes ces réflexions se bousculent dans ma tête, m’empêchant de déterminer comment je devrais agir. Mais ce long moment de silence se clôt quand Yuto rompt le contact de nos yeux pour remarquer le liquide rougeâtre s’écouler lentement de ma chemise.

– Oh mon dieu mais tu es blessée ! S’écrit il, retirant ses mains de mon dos.

Cependant, il s’aperçoit bien vite que ce sont de ses poings dont coulent le sang. Paniqué, son visage se déforme sous la peur et le stress.

– Mais qu’est ce que j’ai fait ! Qu’est-ce qui c’est passé ?! S’exclame-il avant que sa tête se penche en avant, assombrissant son regard. Je …je ne me rappelle de rien …

Rageusement, il frotte sans délicatesse ses poings blessés sur son visage pour essuyer l’humidité de ses yeux précédemment mouillés. C’est un geste coléreux afin de cacher ses vrai émotions à la personne en face. Il tente de reprendre ses esprits en camouflant ses vrais expressions ainsi que d’essayer de remettre son visage en place, comme un masque. C’est un geste courant. Il passe ensuite ses mains sur haut, essuyant le sang sur son tissu seulement, il ne fait qu’aggraver l’irritation de ses phalanges. Inquiète par son comportement, mon regard se lève vers son visage marqué de traces rougeâtres qu’il a laissé avec ses poings. Ses yeux sont légèrement écarquillés, sa mâchoire serrée, ses sourcils froncés, il est en train de paniqué de plus en plus. Puis, j’entends dans un murmure à peine voilé par les frottement de ses mains sur son tissu

– Qu’est ce qui va pas chez moi…

Soudainement, sans qu’il ne s’y attende, il se retrouve plaqué contre moi. Il ne réagit pas face à mon action. Je sens encore une fois, le liquide rougeâtre mouillée cette fois-ci ma poitrine. Sans aucun contrôle sur moi, les larmes me montent aux yeux. J’ai tellement entendu de fois cette phrase. Répété, répété et encore répété… Dans une folie sans nombre où je ne faisais que tanguer dans une noirceur, sans lumière. Personne pour venir me réconforter. Personne pour venir m’ouvrir la porte de la vérité et enfin pour accéder à la lumière. Non …Toujours ce noir constant, ces mêmes mots répétés, ces mêmes gestes, ces mêmes espérances, et ces mêmes déceptions. Je réagis enfin quand je sens ses cheveux bouger contre mon oreille. Violemment, je m’écarte de lui et recule de quelques pas. Qu’est-ce qui m’a pris ?! Je serre mes bras contre ma poitrine essayant de calmer le rythme effréné de mon cœur, n’osant plus lever mon regard vers Yuto. Finalement, je jette un coup d’œil discret à travers ma frange pour entrevoir un Yuto plus que gêné par mon geste au vu de la rougeur de ses joues, du regard hasardeux et l’aspect tendu de son corps. Mon regard descend vers les poings meurtries dont la vue me provoque des frissons. Ce n’est pas beau à voir.

– Je … Commence Yuto avant d’être interrompu par le bruit d’un tissu que l’on déchire.

Je m’approche timidement de lui, la tête toujours baissée, attrape une de ses mains pour l’enrouler du tissu de ma chemise précédemment arrachée.

– Ce n’était la peine, je … Souffle-t-il, tentant de retirer sa main mais je lui maintiens.

– Ne t’inquiète pas, je suis loin de manquer de quelque chose.

C’est dans le silence que je termine mes soins primitifs. Mes doigts enroulent avec douceur le tissu autour de son poing, l’imbibant de sang à son tour. Concentrée sur ma tâche, j’observe ses mains, essayant de faire abstraction de son regard fixé sur moi. En effaçant ses vilaines blessures, ses mains sont très grands. Je ne me rappelais pas que celles d’un homme étaient si grandes. Mon pouce glisse avec curiosité vers la paume, effectuant de léger cercle. C’est à la fois doux et rugueux. Alors que mon attention reste concentré, je prends finalement conscience de mes actes en sentant un vague sursaut dans sa main. Je reprends de suite mes activités d’infirmière, la tête penchée un peu plus pour qu’il ne distingue pas la chaleur apparente de mes joues. Les mains enfin bandées, je lui lance d’une traite, essayant de paraître la moins robotique possible.

– Tu-tu devrais faire attention à tes crises …. C’est c’est dangereux d’être seul dans un état pareil. Tu as plein de traces de sang sur le visage, tu devrais rentrer avant de faire peur un passant … Salut.

Sans un dernier regard, sans un dernier mot, je le laisse seul. Après quelques pas de course, je m’arrête à la rue adjacente. Appuyée contre un mur, je reprends mon souffle. Mon visage est aussi chaud qu’une cocotte minute. Je me ventile légèrement en faisant des mouvements avec ma chemise. Mais je me rends finalement compte que de lui à moi, je ne sais celui qui parait le plus suspect avec ma chemise déchirée contenant une grosse tâche de sang sur la poitrine et le dos. J’espère pouvoir rentrer sans être inculpée de meurtre …

 

Nos pas résonnant sur le gravier de la cours de l’établissement, les lycéens sont repartis pour une longue journée de cours à se demander ce qu’ils pourraient faire avec ces heures perdus. Saluant les passants avec l’entrée de moïse, j’entame mon entrée dans la jungle. Ma bouche laisse échapper un soupir lourd de fatigue. Espérons une journée un tant soit peu normale pour aujourd’hui. Alors que je planifie dans ma tête mon planning, mes espérances s’envolent en fumée quand j’aperçois un grand attroupement d’élèves devant l’entrée du bâtiment, bloquant le trafic. Toute l’attention de la cour est porté vers cet endroit là. Les élèvent sont comme attirés, formant une foule de plus en plus grande. En m’approchant, je me rend vite compte qu’ils ont tous en main un journal qu’ils lisent avec entrain et rire moqueur à peine dissimulé. Je cherche du regard les causes de cette pagaille pour tomber sur plusieurs élèves distribuant les papiers à tous ceux qui s’approchent. Tel des bêtes assoiffés, ils s’arrachent des mains l’objet de leur désir aux allures de bon steak croustillant. Agacée, je soupire. Ce sont les membres du club de journalisme. Ce n’est pas la première fois qu’ils créaient des scandales et à chaque fois, tout le lycée est attentif à leurs écrits. Peut être un peu trop, oubliant de se forger un tant soit peu leur propre opinion. Qu’est-ce que ces apprentis journalistes ont encore fait ? Voyant mon approche, une membre du club arnaque d’un sourcil. Je vois que ma faible affection est réciproque. Réaction normale vu que j’ai démantelé de nombreuses fois ces derniers temps, leurs articles outrageants visant plus à enfoncer les autres qu’à réellement informer. Je leur ai fait perdre de leur crédibilité mais je vois que ce n’est pas encore suffisant pour entacher entièrement leur réputation. Elle me tend un exemplaire avec un sourire si faux et si poussée qu’elle aurait sûrement pu faire commotion cérébrale. Prenant rapidement l’exemple en main, je continue mon chemin vers les casiers.

Après être entré, c’est une toute autre atmosphère. L’air est bien plus respirable, les élèves reprennent leur chemin normalement. Je zieute le journal pendu dans ma main. Je lirais l’article plus tard. Je n’ai pas envie de me prendre la tête de bon matin. Alors que j’enfile mes chaussures du casier, j’entends soudainement un bruit provenant de l’autre côté. Je fais le tour pour voir avec dégoût un casier complètement vandalisé d’une élève avec des écritures injurieuses sur le métal et, tellement celui-ci était plein à craquer de papier d’insultes et d’autres objets à but dégradantes, à entièrement renversé son contenu sur le sol, ne pouvant plus contenir quoi que ce soit. C’est ignoble …Mais je semble être la seule affectée car je distingue des ricanements de passants. Je crois savoir l’origine de ce carnage. Je précipite mon attention sur le journal dans mes mains.

 

« La trahison de la rose« 

« Nous pensons tous avoir le droit d’être égaux mais une personne de notre chère école a pensé qu’elle devait passer au dessus de nous. Yumei Himeka, une élève à l’apparence ordinaire tel une rose s’avère avoir des piquants bien aiguisés. Notre fleur empoisonnée entretient une relation secrète avec son professeur de japonais, Mr Tanaka. Le malheureux séduisant professeur n’a pu résister à l’apparence de sirène de notre chère fleur. Mais savez-vous le point commun entre une rose et une sirène ? Une beauté sans pareille qui attirent les hommes pour pouvoir les blesser ensuite quand celles-ci les ont entre les mains. C’est ainsi, telle une rose, qu’elle a pu faire augmenter ses notes drastiquement en à peine quelques mois. Qu’elle coïncidence que ses notes soient si peu élevées avec son ancien professeur qui est un vieux respectable enseignant marié. Peut être que la rose a préféré quelque chose de plus agréable au touché. Nous avons cueilli de nombreux témoignages de rendez-vous secret entre les deux suspects et des gestes les trahissant, des regards, des touchés. Ils auraient des rendez vous secret alors que nous, honorables élèves travaillons d’arrache pieds, pour céder à leur passion commune, du moins pour un des deux. Il est vrai que l’affection d’un professeur permet d’être recommandé aux meilleures universités de lettres et de littérature. Devons nous faire pareil ? Devenir une rose épineuse pour pouvoir accéder à nos objectifs sournoisement ? Ou pouvons nous rester des fleurs de cerisier fières et fortes, se battant pour vivre honorablement ? Le choix est à vous mes chers fleurs. »

 

On dirait que ma belle journée ordinaire vient de partir en fumée …

 

 

– Donc, tu me dis que tout ce qu’il y a écrit dans cet article est faux ?

– Oui, je vous assure ! Il faut me croire !

Installée sur ma chaise, les coudes sur mon bureau fétiche, je la toise du regard. Elle me répète beaucoup de mots pour convaincre. Est-ce une tactique pour mentir ou a-t-elle simplement peur qu’on ne l’a croit pas ? Dans beaucoup de cas, l’interrogé innocent sait que ce qu’il dit est la vérité et donc il agit autrement. Mais j’ai du mal à identifier si c’est juste son stress qui prend le dessus ou une ruse. Je sais que j’ai l’air rude face à son visage rempli de larmes mais je ne peux pas laisser mes sentiments prendre le dessus sur mon jugement. Même si j’ai tendance à le faire … Je lance un regard à Rina plein de sous-entendus pour qu’elle lance son interrogatoire comme elle sait si bien le faire. Cela me permet de me concentrer uniquement sur les expressions. Quand à Yui, debout de l’autre côté de ma chaise, gigote quelque peu, sûrement mal à l’aise face à la situation. Mais elle a compris qu’elle devait nous laisser gérer pour l’instant.

– Alors, je vais te poser quelques questions pour que tu sentes à l’aise afin que les esprits puisse mieux communiquer à la prêtresse sur ton cas, entendu ?

– Très bien, dit elle, séchant une fois pour toute, ses larmes.

– Comment appelle tu ?

– Yumei Himeka, répond-t-elle calmement, se redressant sur sa chaise.

– Quel âge as tu ?

– J’ai 18 ans, répond-t-elle, la voix posée, encore embrumée par les précédants sanglots.

– Quelle est ta couleur préféré ?

– Le orange.

Sa réponse est rapide car elle sait de quoi elle parle, tout son corps s’est entièrement calmé, se tenant droit et sérieux. J’admire cette reprise de soi.

– As-tu une relation avec ton professeur ?

– Non, répond-t-elle, toujours avec assurance, ne lâchant Rina du regard.

– Donc tu affirmes n’éprouver aucune attirance envers ton professeur ?

– Non, continue-t-elle.

– Pourquoi tes notes ont-elles augmenté ?

– Je trouve les cours du professeur Tanaka très intéressant et je me suis passionnée de littérature japonaise et étrangère.

– Tu aimes donc lire ?

– Oui, beaucoup, exprime-t-elle les yeux pétillant.

– Pourquoi des élèves vous ont vu le professeur et toi après les cours ?

– Le professeur Tanaka me donnait des conseils et des livres à lire pour les futurs études que j’envisage.

– Serait-tu me réciter les Misérables de Victor de Hugo, un écrivain majeur pour les études.

L’amour lui avait bandé les yeux, pour le mener où ? Au paradis. En parlant de Marius, récite-t elle, les yeux sur le coin de l’œil.

Je tourne ma tête pour regarder Rina même je pense connaître la réponse. Celle-ci hoche la tête. A l’inverse, Yui semble encore plus perdue face à la situation. Je décide de répondre à sa question silencieuse.

– C’est un livre au programme des derniers années, souffle-je de son côté, pour ne pas interrompre l’interrogatoire d’en face.

Elle hoche la tête grandement, et se redresse droite à sa place, tel un soldat. Mais ses joues forment de jolies cercles rosés palpables. Je lui souris pour la rassurer et retourne mon attention vers ma cliente.

– Donc tu n’a aucune relation avec ton professeur ?

– Non, il n’y est pour rien dans cette histoire, dit elle fixant toujours Rina.

Quand son interrogatrice la lâche finalement du regard, Himeka baisse rapidement les yeux vers le bas.

Je vois. Ayant vu mon signe de la tête, Rina poursuit.

– As tu un petit copain ?

– Non.

– Donc tu es toujours vierge ?

Si j’avais eu de l’eau dans la bouche, je l’aurais recraché. Je tourne précipitamment la tête vers Rina qui reste sérieuse, les bras croisés, alors qu’elle vient poser une question de plus déplacée. J’entends Yui se tortiller encore plus de gêne. Je lance un regard foudroyant à ma collègue. J’ai toujours su son manque de tact mais il y a des limites. Elle me jette un regard en coin.

– Ça serait une bonne chose pour prouver qu’elle n’entretient aucune relation sexuelle donc sûrement pas avec son professeur. C’est ce dont on l’accuse en parti non ?

Je soupire d’exaspération. Certes mais c’est aller un peu loin pour prouver les choses. Alors que j’allais répliquer à Himeka de ne plus faire attention à ce bloc de glace à côté de moi, celle-ci échappe un oui de sa bouche. Elle a la mâchoire serrée, les joues rouges, et ses mains agrippent fermement sa chaise cependant ses yeux me fixent inlassablement. Je vois qu’elle essaie de rester le plus à l’aise possible mais elle arrive à ses limites.

– Bien, continue Rina, as tu déjà eu un copain sans relation sexuelle ?

– Non.

– Et comment prouver cela ? Tu as très bien pu assouvir ton professeur sans sexualité..

Rina …Tu vas de nouveau la faire pleurer. Et Yui va finir par exploser telle une cocotte minute. Himeka baisse la tête, stressée.

– Mais tu as de la chance, j’ai une idée pour prouver aux esprits que tu n’a pas pu commettre un tel crime.

Je sens la situation m’échapper totalement. Mon regard suit étrangement Rina qui se dirige vers la porte pour l’ouvrir. Quand celle-ci l’ouvre en grand, la lumière des fenêtres du mur d’en face éblouit la salle alors dissimulée dans une pénombre mystérieuse. Une silhouette fait son apparition dans l’encadrement de la porte dont l’identité ne me vient pas à l’esprit au vu de la luminosité qui bloque ma vision. C’est après que Rina est fermée la porte que je remarque que cet inconnu n’est d’autre que Yuto. J’ai un mauvais pressentiment.

– Himeka, je te présente Yuto, annonce Rina, une connaissance personnelle de la prêtresse. Tu peux lui faire confiance. Yuto, voici Yumei Himeka, l’élève dont parle le journal de ce matin.

Les deux se sourient timidement comme pour se saluer.

– Yuto, embrasse Himeka.

– Quoi ?! crions nous tous.

Toutes les personnes présentent dans la pièce, excepté Rina, laissent la surprise prendre le dessus. Si j’avais eu une deuxième verre entre les mains, j’aurais recraché de nouveau. Mais qu’est ce qui ne va pas chez Rina aujourd’hui ?! Elle est encore plus bizarre que d’habitude et je mis connait en bizarrerie. Elle qui m’assiste parfaitement est en train de prendre les raines du traîneau pour transformer cette pièce en salle à bisous. Je lance un regard étonné vers Yuto. Pourquoi rougis-tu idiot ! Il a l’air plus gêné que surpris. Les garçons ! Dès que ça parle de relation physique, il n’y a plus rien qui répond ! Énervée, je me positionne au centre de la pièce et entame de mettre fin à ce chaos.

– Personne ne va embrasser personne ! Rina, à mon bureau tout de suite. Himeka, je te remercie d’avoir répondu au question. Les esprits n’ont pas besoin de la proposition complètement stupide de Rina pour se faire une opinion. Nous allons méditer la dessus et je te recontacterai pour te tenir au courant. Yui, est-ce que tu peux aller aider Himeka avec son casier, il est dans un sale état. Yuto, tu n’es plus convié en tant que testeur de bouche, tu peux donc partir.

Je sens qu’il essaye de me parler, mais je lui fais comprendre d’un regard que je n’ai pas envie de l’écouter maintenant. Alors que Yui accompagne Himeka qui s’incline devant moi avant de sortir. Voyant que je lui tourne le dos, Yuto sort à son tour de la pièce. Je l’entends au loin proposer son aide au deux filles. Quel tombeur celui là ! Je ferme rageusement la porte et m’apprête à affronter le glacier.

– Rina, mais c’était quoi ce cirque ?! Les esprits n’ont pas du tout demandé ça !

– Eux non mais moi oui.

– Pourquoi ?

– Je voulais voir ta réaction.

– Quoi ?! Quel est le rapport avec le fait qu’elle soit vierge.

– Non, ça c’était réellement important pour l’enquête pour les esprits. Je suis sûre qu’ils savent à présent mieux sur Himeka.

– Et le reste ?

– C’était pour voir ta tête énervée.

– Tu sais que je peux te virer !

– Comment ferais tu sans mon assistance ? arnaque-t-elle d’une sourire sournois.

– Tu as vraiment de la chance que les esprits accordent ton pardon, grogne-je.

Elle sourit triomphant, et vient me tapoter légèrement la tête.

– Alors ? Jalouse ?

– N’importe quoi !

Je repousse sa main et commence à m’en aller de la pièce, frappant le sol de mes pieds, agacée.

– Tu veux vraiment interroger le professeur sans moi ?

Je m’arrête soudainement à ces mots. Lui faisant un signe de tête sans la regarder. Je l’attends pour ensuite reprendre la route. Je n’ose pas regarder son sourire joueur qu’elle laisse parfois apparaître sous son apparence stoïque. Je suis sûre qu’elle l’a en ce moment.

 

Partie II

Après avoir toqué à la porte de la salle des professeurs, nous entrons dans la pièce des adultes de ce lycée. Beaucoup de bureaux collés avec des feuilles empilés et de vieux ordinateurs, ils ont l’air aussi lycéen que nous. Nous nous approchons du professeur Tanaka. Celui-ci lève la tête d’une copie qu’il était en train de corriger. Il sourit demandant l’objet de notre visite. J’ai souvent croisé ce professeur en marchant dans les couloirs. Il est effectivement très beau, jeune et bien charmant. Une maturité se fait sentir malgré ses airs souvent enfantin. Cependant, il n’est pas aussi joyeux que d’habitude. Je distingue ensuite un exemplaire du journal sur le bureau adjacent. Je comprends, il a du y jeter un œil. Notre interrogatoire commence pourtant, à peine avons-nous prononcé le nom de Himeka que le professeur se ferme à nous. Il répond évasivement, défend son élève face aux accusations, mais coupe court la conversation prétextant vouloir finir sa copie rapidement. Avant de sortir, je jette un œil aux étagères en fer. J’y vois un professeur y sortir un dossier marron pour ensuite refermer le tiroir.

– On n’a pas pu en tirer beaucoup, soupire Rina après avoir fermé la porte de la salle.

– Au contraire, je sais ce que je voulais savoir. Et les esprits aussi, sourit-je.

 

 

Tous réuni devant la porte du club de journalisme, Rina, Yui, Himeka et moi, nous nous apprêtons à affronter une vrai tempête en mer. Et si on veut sans sortir dignement, il va falloir bien s’accrocher au mat. Les cours sont à peine fini que je vais devoir encore jouer la prêtresse en mode dure à cuire cette fois ci. D’un geste décidé, j’ouvre brusquement la porte signalant notre présence. Ils lèvent tous leurs nez de leurs ordinateurs portables ou des dossiers d’archives qui emplissent la salle, pour aborder un regard étonné face à mon arrivée. Tous sauf une. Honoka. La présidente du club de journalisme. On ne sait jamais porté dans nos cœurs l’une comme l’autre. Elle affirmant que je suis une menteuse et moi mettant à sec ses articles huileux. Elle n’élève même pas le regard vers notre direction, continuant d’écrire sur son clavier.

– Tiens tiens, c’est notre chère prêtresse de pacotille. J’ai senti de loin l’arnaque arrivé. Que me vaut l’honneur de sa majesté ?

– Je veux que tu retires cet article, Honoka.

Elle s’arrête enfin d’écrire, me défiant du regard.

– Et pourquoi je ferais ça ?

– Parce que ce ne sont qu’un tissu de mensonge.

– Pourtant les preuves sont là, les réunions secrètes, les notes, les comportements. La vérité blesse mais elle n’en ai pas moins la vérité. Notre devoir est de la faire savoir au grand public. C’est normal que le concept de vérité t’échappe, Prêtresse.

– Alors tu ne diras pas non à une preuve irréfutable que ton article est bidon.

Vivement, elle se lève, se dressant devant moi tel un soldat droit en armure.

– Je t’écoute.

– Himeka va passer un test de japonnais maintenant. Un professeur nous attend avec un examen spécialement préparé pour elle.

– Crois-tu vraiment que je vais tomber dans le panneau ? Un examen par le professeur Tanaka ? Que c’est prévisible.

– L’examen a été fait par la professeur Yuu Ito.

– Tu veux dire ta professeur principale ? Nous savons tous qu’elle vénère tes absurdités.

– Elle a été secondé par le professeur Nakamura qui a été intéressé d’établir la vérité, afin que sa chère élève Honoka puisse prouver qu’elle a raison.

Ses sourcils se froncent légèrement et son épaule tressaute. Je savais qu’elle admire son professeur principal qu’elle ne pourrait pas de trahir sa confiance.

– Très bien mais elle a une heure. Et les deux professeurs doivent corrigés.

Je hoche la tête et me tourne vers Himeka, c’est à toi de jouer cette fois ci.

 

 

Adossée au mur devant la salle fermée, je souffle un coup. Cela va faire 20 minutes que les professeurs corrigent la copie de Himeka. Celle-ci est sortie assez paniquée de ce qu’elle a produit. Apparemment, les questions étaient bien plus dures que d’habitude. Je n’en doute pas de la part de professeur Nakamura mais Honoka n’aurait jamais acceptée le défi sans l’implication de son professeur. J’ai eu l’idée de l’examen en voyant le professeur Tanaka corriger une copie. C’était le moyen idéal de prouver les capacités de Himeka et mettre les accusations hors jeu. J’ai déjà eu affaire au professeur Nakamura où un des ses élèves prenait des photos dans les vestiaires des filles, j’étais sûre que cette fois-ci, il voudrait mettre hors cause son élève favori. Il a une réputation à tenir et il y tient. Je me penche en arrière pour regarder à travers la fenêtre derrière mon dos. Malgré que les cours soient finis depuis bien plus d’une heure, j’entends encore le coup d’une batte de Baseball frappée une balle en plein vol. Des acclamations s’en suivent. Ils ne cessent jamais de s’entraîner ceux là. De vrais sportifs. Brutalement, la porte s’ouvre pour laisser sortir le professeur Nakamura avec une mine grave.

– Nous avons eu du mal à nous mettre d’accord avec la professeur Ito mais de toutes manières, Himeka a un score supérieur à 85.

Himeka fond en larme de soulagement alors que Yui la prend dans ses bras. Rina serre ses bras sous sa poitrine et sourit, fière. Énervé, le professeur tend brutalement la copie dans les mains d’Honoka pour partir ensuite sans un mot. Celle-ci regarde les copies avec stress à peine apparent, puis me lance.

– Cela prouve simplement qu’elle ne soudoie pas son professeur. Mais rien ne prouve qu’elle n’entretient pas de relation avec Mr Tanaka.

Je m’approche alors de la journaliste, m’assurant que elle seule puisse m’entendre et lui réplique:

– Veux tu vraiment que l’on fasse appel à un examen pour confirmer sa virginité ? Dans tous les cas, même si tu prétends encore qu’il puisse avoir des relations non sexuelle, tu auras quand même perdu toute la crédibilité du club avec les deux preuves j’aurais entre les mains. Tu veux vraiment qu’on aille jusqu’à là ? Sauves ce que tu peux maintenant sinon il sera trop tard.

Celle-ci, plus qu’énervée, passe rageusement à côté de moi pour s’enfuir loin de nous. Je crois qu’elle a compris la leçon. Espérons qu’elle fasse des excuses dès demain et que je n’ai pas à ré-intervenir pour ça. Himeka me prend soudainement dans ses bras, me remerciant à n’en plus pouvoir. Je lui rends son étreinte et lui conseille de rentrer chez elle après cette journée chargée, ce qu’elle fait après une dernière inclinaison.

– Tu es sûre de toi ? me demande Rina à ma hauteur.

– Oui, ils n’ont rien fait de mal.

– Peut être mais l’amour entre un professeur et un élève est interdit.

– Je sais mais ils ne sont pas passés à l’acte et comme l’a prouvé l’examen, il ne triche pas pour elle. Ils ne font que s’aimer de loin.

– Quoi ?! Himeka et Mr Tanaka s’aiment vraiment !? s’exclame Yui, plus que surprise par notre conversation.

– Chut ! Sifflons moi et Rina avec doigt sur nos bouches.

– Pour la discrétion, on repassera, soupire Rina.

– Pardon, dit elle en posant rapidement ses mains sur ses lèvres. J’ai été surprise qu’un professeur et une élève puisse vraiment s’aimer. Comment vous l’avez su ? me murmure-t-elle en s’approchant de moi, tel un espion transmettant un message secret.

– On t’expliquera plus tard Yui, rigole-je.

J’ai compris plus tard ce qu’il me gênait avec Himeka et le professeur Tanaka. Les deux amants maudits disaient tous les deux la vérité concernant leur relation, mais rien ne pouvait empêcher la dilatation de leur pupille, signe d’excitation sexuelle. Puis les deux ont montré des signes de regret car leur relation n’est pas celle qu’ils voudraient, comme l’a montré Himeka en baissant les yeux après la question de Rina. L’évocation de cette relation impossible a provoqué de la tristesse sur le visage et du regret dans les yeux. Les deux sont véritablement fan de la littérature et ont beaucoup en commun. Et l’allure mature de Himeka et le côté enfantin du professeur font passé les quelques années de différences pour des miettes dans cet amour. Espérons qu’ils pourront se voir après que Himeka soit diplômée. Réflexion mise à part, j’ai un autre plan à mettre en place avant la fin de la journée.

– Professeur Yuu, j’ai besoin des copies de l’examen pour en faire une photo copie pour garder des preuves. Les esprits me disent de le faire malgré mon épuisement de cette journée, demande-je en voyant ma professeur dans l’encadrement de la porte.

– Est ce que ça va aller Sayuri ? Tiens, prends les clés et vas à la salle des professeurs, c’est plus proche, s’inquiète-t-elle en me tendant les clés.

– Merci professeur, je vous les ramène de suite, souris-je attrapant les clés pour me retourner vers mes acolytes, le club ferme ses portes pour aujourd’hui. Bon travail.

Je pars ensuite d’un pas rapide vers la salle des profs, les copies en mains.

 

 

Durant mon trajet, je passe devant le club de journalisme où la lumière passe dans l’entrebâillement de la porte. J’y aperçois rapidement Honoka fouillée dans des dossiers rageusement, cherchant sûrement d’autres preuves ou peut être réfléchissant à comment écrire des excuses publiques. J’y souris en y pensant. Arrivée devant la salle des professeurs, j’enfonce la clé dans la serrure de la porte pour ensuite entrer dans la salle interdite. Je suis désolée professeur, je n’aime pas mentir mais j’avais besoin de ça : des dossiers d’élèves. Quand j’ai vu un professeur fouiller ce tiroir pour sortir un dossier marron, j’ai tout de suite pensé que je pourrai trouver des informations sur Yuto. A l’aide d’une de lampe de bureau, je fouille les casiers en fer de façon aussi discrète que possible. Je ne veux pas me faire repérer par un professeur où ma professeur aura des ennuis. Les noms défilent mais je ne trouve toujours pas celui de Yuto. C’est alors que j’entends des pas résonner dans le couloir. Quelqu’un approche ! Mes doigts défilent de plus vite sur les dossiers. Ça y est ! Je l’ai ! Yuto Fujita. J’éteins la lumière et ferme le casier pour me précipiter à quatre pattes derrière un bureau. La porte s’ouvre alors que j’entends la voix d’un homme.

– Tiens, je pensais l’avoir fermé tout à l’heure.

Ses pas s’approchent de moi. Je glisse alors discrètement de bureau en bureau pour me retrouver à l’inverse de la position de l’homme. J’entends celui-ci s’asseoir et allumer son ordinateur. Comment faire ?! Il m’entendra forcément ouvrir la porte devant lui ! C’est alors qu’à mon plus grand bonheur j’entends le son d’une vidéo sur l’ordinateur. C’est ma chance ! Toujours à quatre pattes, j’ouvre délicatement la porte d’une main tandis que l’autre tient le dossier, puis je glisse aussi silencieusement que possible sur le sol pour sortir et ferme ensuite la porte. Accroupie, j’avance rapidement dans le couloir pour ensuite partir en courant. Le métier de prêtresse est un métier à risque !

 

 

Le bruit de la porte qui s’ouvre me détourne de ma contemplation de l’extérieur à travers la fenêtre.

– Prêtresse Sayuri ? Que fais-tu seule dans la classe à cette heure-ci ?

– Je t’attendais, Yuto.

Celui-ci est assez surpris que je l’appelle par son prénom.

– Les esprits m’ont dit que tu aidais le club de Baseball comme à ton habitude alors j’ai décidé de t’attendre ici. De toute façon, tu devais venir chercher tes affaires.

– Ils sont vraiment fort, ces esprits, sourit il.

– Je ne savais pas tu t’appelais Murakami.

Son sourire s’efface immédiatement de son visage, je le vois stupéfait. Une stupéfaction d’horreur.

– Ecoute Yuto, commence-je en m’approchant doucement de lui. Tu ne le sais pas mais tu as une double personnalité. Tu n’es pas victime de somnambulisme mais d’un dédoublement de la personnalité. Je sais que c’est dur à avaler mais j’en ai été témoin. J’ai eu du mal à y croire mais les esprits m’ont fait comprendre que quelque chose n’allait pas. Ils m’ont dit que tes parents sont morts et que c’est ton oncle qui a pris ta garde. Je suis désolée. Mais ils m’ont dit que tu n’avais plus à contenir ta colère contre tous ça, tu n’as plus à te faire mal, tu peux vivre heureux. Et c’est tout ce qu’ils te souhaitent. Ils t’aiment fort et veulent voir leur fils épanoui. Alors dis tout ce que tu as dire et accepte toutes tes émotions, c’est long le deuil surtout de deux parents, crois moi.

– Tu crois vraiment tout savoir…

En un instant, je n’ai plus Yuto devant moi mais son autre morceau. Je ne l’ai jamais vu si énervé.

– Tu penses pouvoir donner des leçons mais tu n’es pas mieux que moi ! cri-t-il.

J’écarquille les yeux. Non…

– Et oui, je garde de vieux journaux depuis petit sur des affaires qui m’ont intéressé et je me rappelle de l’histoire d’une petite fille …

-Arrêtes ….

-Traitée de meurtrière en gros titre. Je contiens peut être ma colère pour l’autre idiot heureux mais au moins, personne n’est mort par ma faute.

-Arrêtes ! cris-je

Je le regarde, les yeux baignés de larmes, je vois qu’il regrette ses mots mais il est trop tard. Il a touché pile là où il fallait pour détruire tout le mur. Maintenant, il sait qui je suis. Qu’est ce qui va se passer ! Il va me détester ! Me frapper ! M’humilier ! Je ne veux pas ! J’attrape mes affaires et m’enfuit ne laissant derrière moi qu’une traînée de larmes s’écraser au sol.

 

La suite Lundi

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