Une matinée chargée pour un inspecteur

 

 

Je reçois un coup à l’épaule, manquant de me faire chuter. Je me rattrape avec peine à cause du peu de place dont je dispose autour de moi. Les gens se bousculent, fixant un point précis sans se soucier des autres sur leur passage. Je me retrouve encerclée par plein d’inconnus. Leurs vêtements constitués uniquement de couleurs sombres me rappellent le noir de l’au delà. Je ne distingue pas leurs visages, trop cachés par la brume qui nous entoure. Tout semble flou. Seul l’écho des pas réguliers résonne dans la rue. Des bruits comme mécaniques, semblant aux armées en formation.

Personne n’émet de son.

N’osant perturber le glaçant silence, je commence à avancer, en quête de visibilité. Durant ma traversée, je reçois de nombreux coups d’épaules et de bras sans pouvoir voir mes assaillants. Ce flou constant me donne des frissons. Je me suis toujours défendue grâce à la vision de mes agresseurs. Pouvoir distinguer leurs actions, pensées, émotions. Comment vais-je m’en sortir sans voir ? Mon souffle se transforme petit à petit en fumée alors que je sens la température chuter au fur et à mesure que j’avance. Je frotte énergiquement mes mains sur mes bras dans une tentative de réconfort et de chaleur. Essayant de reconnaître les lieux, j’étire ma tête du plus haut que mon corps le peut. Malgré le brouillard incessant, je distingue l’étroitesse de la rue, comprenant ainsi les bousculades répétées. Mais je m’interroge. Pourquoi tant de monde dans une rue paillarde ? Les murs en briques anciennes tombent en lambeaux, les carreaux du sol ont vu plus d’années passées que moi et les herbes poussant un peu partout me laissent penser que rien n’est bien entretenu. Malheureusement, ma vision se limite au sol sous mes pieds, et aux hautes façades qui dépassent le brouillard. Le froid me ramenant sur terre, je continue à m’engouffrer dans la rue.

Vêtue uniquement de mon uniforme du lycée, je ne vais pas tenir longtemps à cette température. Alors que tout semble noir et froid, mon regard est comme attiré par une source de lumière devant moi. Comme une lumière divine parmi le brouillard, j’aperçois le bout d’une robe rose flotter au vent, passant derrière les jambes des inconnus. Attirée par cet élément différent du cadre, je me précipite vers cette lumière. Je passe tant bien que mal parmi les corps sur mon chemin.

Je dois la rattraper.

Alors que j’arrive à l’angle où je l’ai aperçu, une petite fille, marchant de dos, se démarque du paysage. Elle a cette robe rose. Je me mets à courir dans sa direction. Je dois l’arrêter. Il le faut. Mes bras poussant les obstacles, j’essaye de l’atteindre mais au plus je m’approche, au plus je la sens s’éloigner. Pourquoi faut-il qu’il y ait de plus en plus de monde ? Je vais la perdre !

Je me mets à hurler, tentant de l’interpeller. Même à bout de souffle, je n’arrête pas de courir dans sa direction.

Je t’en prie, n’y va pas !

Tu vas le regretter !

Écoute-moi !

Reviens !

Pitié, n’y va pas !

Tu n’aurais pas du naître

Je me redresse vivement, à bout de souffle. Le visage dans mes mains, je tente de reprendre ma respiration. Je lève ma tête. Je suis dans ma chambre. Seule la lumière du lampadaire passant par les volets mal fermés éclaire la pièce. Il n’y a rien. Tout va bien. Mes draps sentent la sueur et l’humidité. J’essaye vainement de reprendre mon souffle, calmant la folie de mon cœur. Voilà pourquoi je ne voulais pas voir de sang. Enfin bon, ça va passer. Il faut que je me concentre sur Mia. Je dois absolument trouver le coupable. Épuisée, je me recouche dans mon lit. Seule ma respiration résonne dans le silence assourdissant de l’appartement. Alors que je replace ma couverture correctement sur moi, je sens une humidité plus accrue sur mon coussin. Je touche ensuite mon visage plus en détail. Il est en larmes. Pourquoi fallait-il que que tout ça ressorte maintenant ?

Les esprits cherchent à nous punir ?

On a fait quelque chose de mal ?

Je veux pas mourir !

Écoutez, tout va bien. Les esprits n’ont rien à voir avec ça. Ils sont justement là pour nous aider à trouver le coupable. Vous n’avez rien à craindre d’eux d’accord ?

Elles hochent nonchalamment la tête puis s’éloignent doucement, retenant leurs sanglots. J’en viens à aimer « L’entrée de Moïse » plus que cela. Le lycée a une étrange ambiance depuis ce matin. Il n’y a pas besoin de savoir lire sur les visages pour ressentir toute la peur des étudiants. Alors qu’au naturel, tout est assourdissant de bruits en tout genre, les couloirs sont lourds de silence et de chuchotements. Les élèves restent tellement préoccupés qu’ils ne font pas attention à moi. Cela me soulage comme ça m’inquiète. Ce n’est pas normal. Pendant que je me rendais au club avant les cours, je me suis retrouvée accostée plusieurs fois de force par des élèves apeurés par les événements d’hier. J’essaye tant bien que mal de les rassurer, oubliant les miennes.

Une rumeur a vite circulé parmi les élèves après l’accident de la vieille. Des rumeurs qui affirment que ce sont les esprits vengeurs qui hantent le lycée, et qui passent enfin à l’action. Je regarde les trois filles s’éloigner et balance ma tête de l’autre côté, d’un mouvement déterminé. Il faut que je trouve le coupable pour mettre un terme à cette ambiance pesante. Ainsi, ils arrêteront de penser que c’est l’oeuvre d’esprits maléfiques. Tandis que je monte les escaliers pour accéder au premier étage, j’aperçois Rina en haut, discutant avec une élève. Elle jette un coup d’œil dans ma direction puis salue l’étudiante qui passe son chemin. Je la rejoins en quelques enjambées en haut des marches. Ses bras croisés sous sa poitrine généreuse et sa tête penchée légèrement sur le côté trahissent l’impassibilité de son visage. Les événements la perturbent tout autant. Je peux le dire au vu des mois passés en sa compagnie depuis l’ouverture du club. Rina n’est jamais vraiment expressive dans ses sentiments ou même sur son visage. En revanche, son corps parle pour elle, comme tout être humain. Je la vois me sourire faiblement.

Bonjour.

Bonjour.

Tu as mal dormi n’est-ce pas ?

Hein pourquoi ?! Tout va bien ! Je suis juste un peu perturbée par les événements. J’ai essayé de consulter les esprits cette nuit… Mais rien, bafouillé-je, essayant de la convaincre.

Cependant, j’ai toujours eu du mal à jouer la comédie avec Rina, comme si elle pouvait lire en moi. C’est ça que les gens ressentent avec moi ? C’est assez désagréable.

Tu devrais te reposer avant de te soucier des autres. Tu es toute pâle.

Tout va bien je te dis. Tu as quelque chose ? demandé-je alors que nous commençons à avancer.

Oui, je suis allée interroger plusieurs personnes depuis que je suis arrivée. Mia Lee. Japonaise avec des origines anglaises. 18 ans. Son père est fondateur d’une entreprise de voiture à succès. Il a même une renommée mondiale. Ce qui fait d’elle, une riche jeune adulte. Elle est excellente dans toutes les matières. Douée en sport. Fait partie du club d’athlétisme. Elle se rend souvent dans d’autres clubs pour aider et apprendre. Elle a un avenir très prometteur. Les profs l’apprécient et aucune rumeur sur elle ne court. Elle est même très populaire. C’est une vraie sainte.

T’entendre dire autant de compliments me rend perplexe, la taquiné-je dans un sourire. Autre chose ?

Sa meilleure amie Natsuko, nous attend au club. Je lui ai demandé de venir.

Elle se doute de quelque chose ?

Non, elle croit que c’est un accident.

Parfait.

Alors que nous marchons, je me perds dans mes pensées. Natsuko, la meilleure amie de Mia. Il est vrai qu’on les voit toujours ensemble. Ainsi que Akane mais Mia semble tout de même plus proche de Natsuko. Je les ai d’ailleurs vu ensemble alors que je poursuivais Yuto pour la seconde fois. J’ai eu l’occasion de discuter plusieurs fois avec les deux amies. Je n’aurais pas imaginé que Mia soit si riche. Elle ne fait en aucun cas étalage de son argent. Elle reste certes bien pomponnée et habillée mais comme toutes filles de classe moyenne. J’ai beau chercher dans mon esprit la moindre trace de souvenir pourtant je n’arrive toujours pas à mettre la main sur la raison d’un tel acte envers Mia. C’est une étudiante modèle, admirée de tous, accueillante et douce avec cette pointe de positivité à une rude épreuve que j’admire également. Qui voudrait lui faire du tort ? Rien ne me vient à l’esprit sur une action potentiellement médisante de Mia sur un autre étudiant. Je suis sûre que c’est une personne bien. Cette fois-ci, je ne me trompe pas. Je le sens.

Voyant que l’on atteint la salle, je souffle un coup et rentre la première, Rina fermant la marche. Je m’approche de Natsuko qui, tête baissée, sanglote sur la chaise. Ses longues mèches blanches de part et d’autre de son visage ne laissent pas entrevoir son expression, ne distinguant que sa nuque révélée par ses cheveux courts. Je me positionne devant elle et lui prend délicatement la main. Surprise, elle se redresse vivement pour regarder son interlocuteur puis serre à son tour ma main. Ses yeux luisants transmettent toute la tristesse ainsi que la peur qu’elle éprouve. Le bout des sourcils est levé à l’extrême vers l’intérieur, les plis sur le front et le rouge au contour des yeux, trahissant son teint doré, me font certifier d’une chose. Je la vois sincèrement inquiète pour son amie. Cette sincérité vient me toucher également. Les mains toujours nouées, je commence à lui parler doucement, me penchant légèrement vers elle.

Est ce que ça va ?

Oui… Moi oui… Mais elle, non… Je… Je ne veux pas qu’elle meurt ! C’est mon amie ! Ma meilleure amie ! Elle… Elle a toujours été là pour moi… Comment a-t-elle pu chuter comme ça ?

Je laisse un moment de silence pour respecter ses émotions puis reprends.

Les esprits m’ont dit que quelque chose a pu se produire ce jour-là qui aurait perturbé Mia. Tu sais quelque chose ?

Eum… Tout le monde est si gentil avec Mia… Il faut dire que c’est une personne adorable, sourit-elle doucement. Mais je sais que Akane et elle se sont disputées durant la pause-déjeuner ce jour-là. Elle est revenue très énervée mais n’a rien voulu me dire. Puis quand je l’ai revu, elle… Elle était tombée.

Tu aurais une idée du sujet de leur dispute ?

Hum… Pas vraiment. Elles s’entendent très bien toutes les deux et Akane est très gentille avec nous aussi. Elles veulent d’ailleurs aller à la même université, je crois.

Laquelle ?

Je… Je ne me rappelle plus du nom, je suis désolée…

Ne t’en fais pas, ce n’est rien. Les esprits sont avec Mia en ce moment. Ils ne la laisseront pas tomber, sois-en sûre. C’est quelqu’un de très fort. Elle va revenir plus vite que prévu et va nous faire des sauts à la perche jamais vu. Encore mieux qu’avant ! Elle en est capable.

Natsuko étouffe d’un rire puis me lance un regard plein de remerciement. Son corps est en harmonie avec ce qu’elle dit. Tout est dans le bon rythme. Elle dit la vérité. Je n’ai vu aucun signe de mensonge. Ce n’est pas elle la coupable.

Arrivée dans la cour intérieure, j’aperçois avec Rina, Akane, assise sur un banc. Elle est entourée de filles qui s’affairent à lui tendre des mouchoirs ou à la consoler. Elle est en quelque sorte l’enfant chérie du lycée. Excellente en tout, extrêmement belle, et très gracieuse, elle fait des envieuses comme des envieux. Ses magnifiques longs cheveux noirs descendant en cascade sur ses épaules, le teint d’une pure blancheur, de grands yeux ainsi qu’un visage gracile, elle ressemble à une poupée. Voyant mon approche, le groupe de filles accoudé à ses côtés se relève vivement pour me saluer. J’ai un peu l’impression d’être un commandant d’armée mais ce comportement plutôt normal me rassure un peu.

En revanche, Akane se relève délicatement pour s’approcher de moi. Je sais qu’elle ne s’inclinera pas comme les autres. Les étudiants me posent sur un piédestal, c’est ainsi qu’ils se plient à mon arrivée. Cependant, elle reconnait que elle-même est sur un piédestal. J’ai conscience qu’elle apprécie son titre et cette attention à son égard mais cela ne fait pas d’elle quelqu’un de mauvais. Elle est une des rares personne qui se sent égale face à moi. J’apprécie cette normalité dans nos discutions. Lorsqu’elle arrive à notre hauteur, je commence à parler.

Je venais voir comment tu allais. Après tous ces événements…

C’est gentil de t’être déplacée… À toi aussi Rina… Je suis très triste de ce qu’il est arrivé à Mia… C’est… C’est vraiment horrible… J’espère qu’elle va s’en sortir… C’est une de mes amies les plus chères…

Les larmes coulent le long de ses joues et ses yeux rougis par les sanglots transmettent l’idée qu’elle a dû beaucoup pleurer. Cela va de même pour son rouge aux joues. Seulement trop absorbée par ses réactions, j’en oublie de continuer la conversation. Voyant mon manque de concentration, Rina prend le relais. Celle-ci échange quelques mots mais je n’y prête pas attention.

Quelque chose me dérange. Bien que je ne sache pas quoi. Ses yeux et ses paroles expriment bien toute la tristesse face à cet événement. La main sur le menton, je réfléchis en la fixant. Je suis consciente d’être tout sauf discrète mais je suis trop plongée dans mes recherches pour me soucier de ça. Puis Rina l’occupe. Je peux toujours compter sur elle. J’en perds tellement le fil de leur conversation que tout devient lent et silencieux. Qu’est-ce que je ne vois pas ? Je reprends l’analyse du corps. Rien à signaler. Puis le visage. Pourtant, sans le son, je me rends compte de quelque chose. Son front et ses sourcils ne réagissent pas. À l’inverse de Natsuko où son visage transmettait un message de douleur et où tous les muscles de son visage bougeaient, les paroles de Akane sont certes pleins d’émotions mais si on les retire, son visage est plutôt neutre sans les larmes. Reprenant conscience petit à petit de l’environnement qui m’entoure, j’écoute finalement la conversation.

Il paraît que tu t’es disputée avec Mia. C’était à quel sujet ?

Sacrée Rina. Bien qu’elle parle à la chouchoute du lycée, elle reste toujours si directe et impassible. Je souris en la voyant agir.

Ah ça ! Rien de bien important. Nous visions la même université. Seulement, les places sont très réduites et Mia a appris que j’avais eu des meilleurs notes qu’elle, dit-elle en se redressant légèrement, remettant ses cheveux en arrière.

Un signe d’aggacement. Akane s’est énervée.

Mais je ne lui en veux pas. Elle a juste eu peur de ne pas avoir sa place. C’est normal. Je ne peux pas lui en vouloir.

Elle en éprouve de la fierté. Étrange pour quelqu’un soit disant inquiet pour son amie. Mais le plus percutant reste la réaction de Mia. Je ne la vois mal réagir comme ça. Elle aurait simplement travaillée plus dur et félicitée Akane pour ses efforts. Pourquoi aurait-elle eu cet excès de colère soudain envers son amie qui plus est ? Je fais irruption dans la conversation.

Où étais-tu durant la fin d’après-midi, lancé-je, regrettant ensuite mon impulsivité.

Tu me suspectes ? soupçonne-t-elle, ayant un léger coup de tête sur le côté.

Non, je me dis que si tu l’avais revu avant qu’elle soit tombée, elle aurait peut-être été troublée au point de tomber dans les escaliers, réponds-je en reprenant mes moyens.

Eh bien, j’étais avec mon professeur principal. Nous parlions de mes résultats. Même si je ne dépasse pas encore Rina, lance-t-elle, taquine, en direction de Rina.

J’ai hâte de voir ça, réplique Rina, neutre.

Nous la saluons brièvement, puis chacun retourne à ses occupations. Alors que nous marchons dans le couloir pour retourner à l’intérieur, je jette un dernier regard par dessus mon épaule à Akane. Son mouvement de tête à ma question soudaine montre que ça l’a particulièrement agacée. Elle n’a pas supporté d’être accusée. Je dois aller interroger le professeur pour être sûr de son alibi. Je sens qu’elle ne me dit pas tout. Peut-être éprouve-t-elle simplement encore de la colère envers Mia. Mais je dois en avoir le cœur net. Je dois remettre en cause tout le monde dans ce genre d’affaires.

Alors que j’avance d’un pas décidé vers la salle de classe du prochain interrogatoire, Rina me suit sans poser de question. Elle doit déjà savoir mes intentions. Sachant qu’il est pratiquement l’heure des cours, j’accélère le rythme. Je veux pouvoir l’interroger avant les cours. Pressée, je ne remarque pas que je passe à côté de cheveux blonds. Son propriétaire se retourne après que je sois passée et lance:

Prêtresse ?

Ne m’attendant pas à entendre sa voix, je me retourne avec surprise. Yuto s’approche de moi, le regard doux et m’interroge.

Est-ce que tu vas bien ? Je m’inquiétais pour toi.

Son intérêt pour moi me touche, mais sa question engendre une remontée de souvenirs d’hier. Comment il m’a prise dans ses bras. Le rouge me monte instantanément aux joues. Ressaisis-toi voyons ! Tu ne vas pas rougir comme ça devant lui. C’est peut-être un psychopathe ! Si tu es attirée par ce genre de garçon, on est mal barré. Je passe ma main sur ma nuque, essayant de cacher mon malaise. Surtout que je sens le regard lourd de sens de Rina derrière moi. Je suis persuadée qu’elle aborde un grand sourire en coin. Je me concentre sur Yuto qui attend ma réponse. Je lui réponds, évitant de croiser son regard.

Oui, tout va bien. Merci de t’être inquiété.

Qu’est-il arrivé à tes genoux ?

Alors qu’il pose la question, je le vois se baisser pour observer l’objet de ses préoccupations. Sa proximité avec mes jambes nues me rend mal à l’aise. Je bafouille quelques mots pour le rassurer:

Ce n’est rien ! J’ai essuyé le sang qui était sur mes genoux un peu trop fort on dirait. Ça va passer.

Alors que je me recule de gêne, celui-ci a comme un déclic et se relève précipitamment, le visage tomate.

Pardon !

Alors que je hoche la tête, j’entends de loin Rina glousser. Elle a l’air de trouver amusant ce qu’elle voit. Ne voulant pas laisser Rina jouer le rôle de la mère qui voit son enfant « fricoter » plus longtemps, je me tourne vers Yuto:

Je suis pressée. À plus tard !

Alors que j’allais partir sans me retourner pour calmer mon cœur. Rina en a décidé autrement et lance en direction de Yuto.

Tu veux venir avec nous ?

Je me retourne aussi sec pour la menacer du regard. Cependant, il s’agit de Rina et ma menace n’a pas l’effet escompté tel un briquet devant un iceberg. Au contraire, cela l’intrigue encore plus en voyant le très rapide sourire qu’elle a abordé. Elle se retourne vers un Yuto perdu par notre duel de regard.

Nous allons voir le professeur de Mia pour lui demander si il a vu un changement quelconque.

Voyant le sérieux de la situation, il cesse son air enfantin pour hocher la tête de manière sûre. Ne rentre pas dans son jeu, Yuto !

Vous essayez de découvrir celui qui a fait ça ?

Exactement, hoche de la tête Rina.

Je vois mal quelqu’un vouloir faire du mal à Mia. Tout le monde l’apprécie, dit-il, la main sous le menton.

Il est vrai que tu l’as côtoyé au club de baseball, le coupé-je dans ses réfléxions, tu as remarqué quelque chose ?

Non, tout le monde est toujours sympa avec elle. Il faut dire qu’elle est très gentille avec tout le monde. Elle enseigne aux plus jeunes, elles rigolent avec les plus expérimentés. Du moins, c’est ce que je vois au club de baseball.

Tu n’as pas d’autres informations sur elle ? insisté-je pour en savoir plus.

Difficile à dire, je ne la vois qu’au club. Je ne la connais pas vraiment.

Je vois, réfléchit Rina. Tu étais là hier. Elle n’aurait pas pu tomber toute seule ?

C’est difficilement possible vu l’angle de son corps dans sa chute et les blessures. On dirait qu’elle a été poussée en arrière, exprime-t-il, l’air grave.

Sa connaissance de la situation m’impressionne. Même pour un psychopathe, il n’aurait aucun intérêt à mentir sur le sujet. Surtout qu’il n’est pas coupable vu qu’il était avec moi tout le long de cet épisode tragique. C’est pour ça que j’avais décidé de le croire.

Merci de ton aide, Yuto, lui souris-je rapidement.

À votre service Prêtresse, dit-il en faisant une fausse courbette.

Alors que je fais un roulement des yeux à la vue de sa plaisanterie, j’allais repartir avant que mon acolyte réplique:

Il devrait venir avec nous. Il connait Mia et la situation. C’est un vrai atout.

J’avais espéré qu’elle ait finalement lâché l’affaire mais c’est loin d’être le cas. Pendant que Rina reprend sa marche, fière de son stratagème, je grogne derrière elle alors que Yuto me rejoint. J’espère qu’elle sent tous les éclairs que je lui envoie. Voyant que mes malédictions ne l’atteignent pas, ma tête se penche vers Yuto, essayant lui faire comprendre d’un regard que le moment est mal choisi. Sauf qu’il me répond d’un grand sourire pour ensuite se focaliser sur la route à suivre.

On dirait bien que nous allons jouer aux trois mousquetaires.

 

 

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