Chapitre 3

Changement de mission

 

 

 

-Je vous assure que ce n’est pas moi ! Elle ment ! C’est un imposteur !

-Takumi, tu aggraves ton cas. Je peux sentir ta peur d’ici.

– C’est les esprits qui te disent ça ? Tu peux leur dire d’aller se faire voir !

– Ça suffit Monsieur Haruki ! Rasseyez-vous maintenant.

Face à l’autorité de son professeur principal, il obéit en relevant sa chaise qui avait subi une jetée de son hôte en voulant montrer son mécontentement. Après s’être assis lourdement à sa place, les bras croisés en signe de fausse rébellion, il soupire agacé. Cet acte de violence n’est qu’une mascarade pour essayer de monter une indignation d’être accusé à tord. Mais j’ai bien vu qu’il réfléchissait avant d’agir pour chercher ce qui aurait le plus d’impact.

– Il nous faut des preuves tangibles Mademoiselle Honda. Nous ne pouvons pas accepter comme accusation que ce sont les esprits qui vous les ont soufflé. Surtout quand ça n’existe pas, Mademoiselle Honda.

Je dirige mon attention vers le professeur Nakamura. Il est certes la personne la plus cartésienne de ce lycée. Vieux professeur de science au teint tacheté de marques de vieillesses, aux rides pendues au visage et au crâne dégarni, il vient tout de suite à l’esprit que c’est une homme de la vieille école avec des idées bien forgées dans l’ancien temps. Des idées dont il ignore l’origine ou des pensées différentes de lui ne sont pas tout à faits les bienvenus. Assis derrière le bureau de sa salle de classe où nous sommes actuellement, vêtu d’un vieux costume qui a vécu son temps, il remonte ses vieilles lunettes rondes sur son nez pour se tourner vers la personne assise sur la chaise à côté de lui.

– Vous êtes trop naïve professeur Yuu ! Vous ne pouvez pas croire tout ce que dit vos élèves ! s’exaspère-t-il, tapant ses mains sur ses genoux.

Etre spectatrice de cette scène m’enrage. Voir ma professeur principale se faire réprimander telle une enfant qui aurait dit une bêtise, me provoque une crispation de la main sur ma jupe. L’accusée se courbe sur sa chaise et baisse la tête. Déjà qu’elle n’a pas confiance en elle, de telles paroles ne vont certainement pas l’aider. J’ai toujours aimé ma professeur principale. C’est une des personnes les plus sincèrement gentilles et authentiques que je connaisse. C’est d’ailleurs son manque de confiance en elle et sa trop grande gentillesse qui font qu’elle a du mal à se faire entendre ainsi que de la rendre maladroite. Même si l’on dit que l’apparence physique n’est qu’une façade et qu’il ne faut pas toujours lui accorder la vérité sur la personne, je ne peux m’empêcher reconnaître le caractère timide de ma professeur dans son apparence. Les cheveux courts ondulés, les lunettes rondes bien trop grande pour son visage poupon, les chemises boutonnés jusqu’en haut avec des motifs parfois fantasy et la jupe descendant jusqu’au genoux représentent vraiment son stade non dépassé de la timidité. Bien évidemment, l’apparence physique n’avoue en aucun cas de manière obligatoire qui est la personne. Mais l’on peut voir ce que les personnes n’osent pas montrer, veulent à l’inverse trop mettre en lumière ou cachent sous leurs habits. En revanche, la personne assise à côté de moi face à nos professeurs respectifs cherche bien à camoufler quelque chose. Et c’est à mon tour d’intervenir.

– Professeur Yuu a eu raison de me faire confiance. Vu que vous ne me croyez pas, j’ai pensé à ramener des preuves plus matérielles.

Je me penche de ma chaise pour fouiller dans mon sac. J’attrape ce que je cherchais et le dépose sur le bureau. Intrigué par l’enveloppe que je venais de sortir, le professeur Nakamura agrippe l’objet et déverse son contenu sur la surface du bureau. Il se disperse plein de photos représentant Takumi en train de poser des caméras dans des vestiaires. Bien évidemment, celle des filles. Des élèves étaient venues se plaire d’avoir trouvées des photos d’elles en train de se changer sur internet. J’ai donc enquêté. Mes méthodes ne sont pas toujours celles de l’analyse comportemental qui s’avère être très intéressant mais j’avais décidé d’utiliser une autre manière. Le camping. J’ai tout simplement campée devant la fenêtre du vestiaire pour découvrir le coupable qui devait forcément revenir pour récupérer les images volées. Moins glorieux comme méthode mais efficace. Heureusement, que personne ne m’a vu joué les campeurs, ma réputation en aurait souffert. Face à ses preuves apitoyantes, le professeur jette un regard honteux à son élève et s’exprime:

– Votre comportement est honteux Monsieur Haruki. Je ne peux pas croire que vous faites parti de ma classe. Vous allez me suivre pour que je contacte vos parents et nous aurons une discussion avec eux pour décider de votre sanction. Il soupire et se retourne vers moi, coléreux. Je ne vais pas vous sanctionner pour cette fois ci Mademoiselle Honda, pour vos actions étranges mais sachez que si j’apprends que vous avez séché les cours pour jouer les prêtresses de pacotille, je ne serais pas si clément.

Sur ce, il se lève, rassemble les photos dans ses mains et sort de la classe suivit de son élève qui traîne des pieds au sol. Je n’aime pas à avoir affaire aux sanctions des professeurs mais son délit est trop grave pour que je puisse le gérer seule. Ma professeur me fait sortir de mes pensées en m’attrapant les mains de manière joyeuse debout devant ma chaise.

– Je savais que tu avais raison Sayuri ! Tu m’as toujours dis la vérité alors que je ne pouvais que te croire ! s’exclame-t-elle, heureuse, avant d’aborder des yeux tout humides. Tu es toujours là pour m’aider. Moi ou les autres. Tu es si gentille, renifle-t-elle du nez.

J’avais oublié son attitude très sensible parfois. Je souris et lui réponds.

– Je ne pouvais rien faire si vous ne m’aviez pas aidé, professeur. Puis les esprits sont là pour me guider aussi.

Elle secoue légèrement nos mains en signe de compréhension et d’attachement pour ensuite se décoller. Nous sortons de la salle et nos chemins se séparent. Pendant qu’elle retourne sûrement dans sa salle, je me dirige, à l’opposé, vers les escaliers menant au rez de chaussée, espérant avoir assez de temps pour retrouver ma cible avant la fin de l’heure du déjeuner. Il faudrait aussi que je mange, non ?

 

 

Agacée par les pointes piquantes qui s’amusent à irriter ma peau, je me gratte fortement les bras. Quelle mauvaise idée. Les buissons autour du lycée sont des vrai nids à grattage. Sûrement une invention des professeurs pour que les élèves ne fuguent pas en passant par les grillages. Cachée derrière des buissons, j’observe la cour centrale à l’intérieur du lycée. Finalement, la bâtisse est assez grande. Une cour à l’extérieur où passe les élèves pour sortir et qui donne sur le terrain de sport, des couloirs extérieurs rejoignant les bâtiments, puis une cour intérieur entre chaque bâtisse. Dans cet espace verdoyant, beaucoup d’élèves se retrouvent pour manger sur les nombreux bancs dont dispose la cour. En me planquant ici, j’espérais trouver Yuto mais je comprends que mon attente est veine. Aucun signe de lui. Je longe les buissons afin de sortir discrètement de ma cachette, essayant de retenir mes gémissements plaintifs à cause des piquants sur ma peau. J’arrive enfin vers le couloir extérieur, zieute de chaque côté si il y a des témoins puis sort rapidement. Cependant, ma déconcentration de ma trajectoire me cause la bousculade de quelqu’un alors que j’atteignais la porte pour rentrer. Alors que ma main frotte mon front, récemment cogné, je lève les yeux pour tomber nez à nez avec Yuto, aussi surpris que moi.

– Excuse-moi Prêtresse ! Je ne regardais pas où j’allais !

– Ce n’est rien. Je ne faisais pas attention non plus, m’excuse-je à mon tour avant de remarquer qu’il porte à bout de bras, un gros carton. Qu’est ce que c’est ?

– Oh ça ! J’étais en train d’aider le club de peinture à nettoyer leur salle. Ils avaient l’air déborder alors je me suis porté volontaire.

Je souris malgré moi. Yuto, somnambule ou schizophrène, est, au fond, quelqu’un de sincèrement gentil. Je ne comprends pas pourquoi il aurait une double personnalité si dévastatrice. Attends ! Que suis je en train d’imaginer ?! Je ne peux pas croire entièrement ce qu’il dit. J’avoue que la double personnalité est plausible mais je ne peux pas bannir catégoriquement l’idée qu’il soit un psychopathe. Ne te laisse pas avoir par son numéro de gentillet ma vieille.

– Qu’est ce qui s’est passé ?! s’exclame-t-il me coupant dans ma propre schizophrénie.

– Comment ça ?

– Tu es recouverte de terre et de feuilles dans les cheveux.

Avec mon évasion de la cour en tête, je n’avais même pas remarquer mon apparence très naturelle.

– Ah ça ! Les esprits me font faire tout un tas de truc genre voir des choses de mes propres yeux pour que je vienne en aide, rigole-je mal à l’aise. Où tu vas comme ça, demande-je essayant de détourner la conversation.

-Au poubelle, je dois jeter ce carton.

-Laisses-moi t’accompagner, dis-je en prenant des sceaux vides dans le carton afin d’alléger son poids.

– Avec plaisir mais vous n’êtes pas obligé de porter. Je suis un homme. Je suis fort.

Un large sourire s’affiche sur mon visage alors que je commence à avancer. C’était visiblement trop lourd vu la contraction de ses main sur le carton et la façon dont il faisait reposer tout le poids sur son torse. Il me rejoint rapidement et nous entamons notre avancée dans le couloir extérieur. Alors que les discutions animées ainsi que les rires remplissent la cour, Yuto entame la conversation:

– Je me suis toujours demandé ce qui vous as poussé à ouvrir le club.

– Tutoies s’il te plait. Je n’aime pas les vouvoiements incessant.

Il semble mal à l’aise mais acquiesce. Rare sont les personnes qui me tutoient dans le lycée. Même si je signale à tout le monde de ne pas utiliser les vouvoiements, ils mettent trop sur un piédestal et personne n’ose accéder à ma demande, pensant que ça serait une offense à mon honneur.

– Eh bien, quand j’ai vu que les voix que j’avais dans ma tête pouvait m’aider à résoudre des problèmes, je n’ai pas hésiter.

– V …Tu n’as pas eu peur d’être pris pour une folle ?

Alors que je le regarde, il se met à balbutier.

– P-pas que je trouve que vou-tu en es une ! C’est pas ça ! Je respect en vérité ! Je ne pense pas que j’aurai pu en parler si j’vais une chose de la sorte.

Sa voix semble légèrement descendu vers les graves. Comme si il se remémorait quelques chose en même temps.

– Peut être un peu au début, mais quand j’ai vu que je pouvais aider les gens. Je me suis dit que ce n’était pas si mal d »être prise pour une folle.

– C’est très courageux, je trouve.

Ne sachant pas quoi répondre, je me tais dans le silence. Ainsi, un léger silence s’en suit alors qu’il reprend:

– Mais c’était quoi ton rêve avant de choisir de devenir prêtresse ?

– Je me rappelle plus. Un rêve banale surement.

– Je pense qu’aucun rêve n’est banale, coupe t il.

La confiance dans ses paroles perturbent la banalité de ma phrase. Alors que j’allais répliquer, d’autres mots sortent de ma bouche.

– Tu as raison.

Bien que je continue à avancer, je remarque que mon collègue de marche s’est arrêté. La tête surprise et les lèvres rieuses, il s’exclame:

– La prêtresse m’a dit que j’avais raison ! Je proclame ma journée déjà parfaite !

En haussant les sourcils, je réplique, perplexe :

– Pas besoin d’en faire un événement majeur.

– Bien sur que si ! Je vais tout de suite contacter le gouverneur et en faire une fête nationale. On l’appellera « le nouveau saint Yuto« , mime t il un bandeau dans le ciel.

Je souris largement en écoutant son projet complètement fictif.

– J’attends avec impatiente les nouveaux calendriers, dit-je de manière joueuse en reprenant la marche.

Je me tape la tête avec ma main libre. Je fais exactement la même erreurs qu’hier ! Je me laisse emporter alors que je devrais me méfier. N’oublie pas, c’est un psychopathe qui prétend d’un côté avoir une double personnalité et de l’autre être somnambule. Alors même si il parait le plus sincère du monde, ne te laisses pas berner par son jolie sourire. Il cache des choses et tant qu’elles ne seront pas découvertes, il restera une part d’ombre en lui qui le rendra toujours suspect. Et je ne sais pas à quel point cette part peut être noir. Je le regarde avancer, guilleret, en face de moi. L’aspect le plus pur peut cacher le plus noir des secrets. Perdant tout cet état de joyeux qu’il s’était installé entre nous, mon esprit redevient plus méfiant envers les gestes et les paroles du garçon au cheveux citron. Dans mon enquête, je décide de le questionner un peu.

– Tu avais un rêve d’enfance toi ?

– J’ai toujours voulu être le power ranger rouge ! dit il en imitant la pose.

Voyant que ses plaisanteries ne m’atteignent plus, il reprend plus tranquillement la marche.

– Et toi ? Je parie que tu voulais devenir comme dans les dessins animés.

– A vrai dire, je ne me rappelle pas spécialement des dessins animés que j’aimais. Tu as toujours vécu ici ?

– Non j’habitais plus au sud. Il fait plus chaud qu’ici en tout cas.

– Pourquoi es tu remonté ?

– Et toi ? Toujours vécu ici ?

– Non plus, j’ai vécu, au contraire, plus au nord.

Voyant qu’aucun de nous deux ne veut en dire plus sur le sujet, la conversation s’arrête. J’ai beau essayer de lui poser des questions, il évite les réponses trop détaillées ou esquive. Je ne peux pas non plus aller droit au but de peur qu’il se braque ou de perdre sa confiance. Il reprend:

– Tu as une matière préféré ?

– Non pas vraiment et toi ?

-La biologie, répond il enjoué. Un film préféré ? Une série ?

– Je regarde plein de chose mais je n’ai pas de préférence. En revanche, je pense que tu es un accro aux animes.

– Effectivement, c’est à quoi on s’attend de la part de la prêtresse la plus célèbre du lycée ! rigole t il.

La conversation continue alors qu’il me pose des questions banales. Il n’a plus abordé le sujet du club et s’est uniquement intéressé à moi. J’ai eu beau essayer de tourner la conversation vers lui, rien à faire. Je dois avouer que c’est bien une des premières fois où je subis un interrogatoire sur moi et non moi qui interroge. Durant ce temps, j’ai pu en apprendre plus sur lui, du moins, d’après ce qu’il m’a dit. Des banalités comme ses animes préférés, sa couleur, ses goûts, son penchant pour le sucré. Alors j’ai de plus en plus de mal à éviter ses questions, nous arrivons derrière le lycée où se trouve les poubelles. Yuto passe devant moi et commence à vider doucement le carton alors que je maintiens le couvercle. Puis, il continue de parler de manière enjoué:

– Et l’endroit où tu voudrais aller le plus sur terre ?

– Je ne sais pas …Je le saurais peut être plus tard.

Alors que je m’attendais à une suite de question ou une énième tentative de plaisanterie, il reste muet. Le silence de nos voix se camoufle dans le bruit quand nous versons les poubelles. Mes yeux regardent sans grand intérêt les objets tomber dans la poubelle. Soudainement, Yuto s’arrête de vider et se redresse vers ma direction, me lançant un regard des plus surprenants.

– C’est plutôt triste de ne rien savoir de ce que l’on veut.

A ces mots, à la fois dur et rempli d’émotions, je perds la notion d’espace ainsi que de temps. Je fixe ses yeux plein de compassion, me reflétant au travers. Mes yeux s’écarquillent alors que je prends conscience de ces mots. Pourquoi faut-il qu’il me regarde de cette façon. Ses yeux viennent lâcher les miens pour se re-concentrer sur sa tâche. Alors que mes mots restent bloqués dans ma gorge, sans un regard, il me lance d’un air penaud.

– Je suis désolé, je n’aurais pas du poser toutes ces questions. Je comprends que tu n’es pas envie d’en parler.

Bien que ma bouche est envie de répliquer, sa dernière phrase me coupe dans mon élan.

– Surtout à quelqu’un que tu ne connais pas comme moi.

Pris un sentiment de culpabilité, je détourne le regard. Ce qu’il a dit n’est pas entièrement faux. Je ne peux pas lui faire confiance. Et je ne pourrais pas tant que je n’aurais pas le cœur net que c’est quelqu’un de bien. Quelqu’un qui ne joue pas un double jeu. Certains sont très doués par cacher leur véritable intention et dans l’art de la manipulation malsaine, le lycéen Yuto Fujita n’est pas un cas à exclure. Même si j’essaye de me persuader de mon bon choix, que ma méfiance est justifier, cette petite voix en moi me réplique toujours que je blesse les personnes en agissant comme ça. Que je lui fait du mal alors qu’il est innocent. Étrangement, elle résonne comme plus fort en ce moment. Comme si elle me poussait à faire quelque chose. A dire quelque chose.

– Je…commence-je.

Soudainement, notre bulle s’éclate quand retentit dans le silence, une voix qui hurle.

– Prêtresse !

Surprise, je me retourne pour voir Yui courir à perte d’haleine en notre direction, le souffle court et les larmes s’envolant au vent.

– Que se passe-t-il Yui ? demande-je fort pour qu’elle m’entende.

Elle arrive à notre hauteur, et parle aussi vite qu’elle le peut malgré son essoufflement.

– C’est …c’est Mia ! Elle est tombée dans les escaliers ! C’est affreux ! Il y a du sang de partout !

En moins d’une seconde, je relâche le couvercle de la poubelle ainsi que les sceaux qui se fracassent au sol dans un bruit assourdissant. Moi et Yuto suivons Yui à perte d’haleine vers les lieux de l’accident.

 

 

Il ne nous faut pas longtemps pour atteindre le premier étage où retentissent des cris d’horreur et pour apercevoir un attroupement d’élèves autour de ce qu’il semblerait être l’accident. Alors que je bouscule les étudiants pour qu’ils me laissent passer, mes yeux tombent sur l’horrible scène. Du sang. Encore plein de sang. Du sang qui s’étant de plus en plus sur le parquet du couloir. Du sang d’une couleur vive reflétant le reflet des élèves autour de la victime. Du sang qui s’échappe d’un corps humain blessé.

 

Ce n’est pas moi.

 

La scène me provoque une remonté de l’estomac dans mon ventre. Mia est sur le dos, les bras et les jambes écartées. Énormément de sang s’échappe de sa tête recouvrant le sol de l’étage. Cette marée rouge, luisant à la lumière du soleil venant de la vitre d’en face, paraît comme irréel vu sa quantité. Les yeux fermés, la victime ne bouge pas d’un pouce, rendant impossible de savoir si cela lui avait été fatale ou pas.

 

S’il te plait réveilles-toi !

 

Je reste paralysée, ainsi que les autres élèves face à cette scène. Il m’est impossible de bouger. Mes bras et mes jambes ne répondent plus comme si ils ne faisaient que me soutenir. Je sens mes mains commencer à trembler, entrechoquant mes doigts entre eux.

 

Ne me laisse pas toute seule !

 

Mes yeux ne peuvent se détourner de la flaque rouge.

 

Non, ce n’est pas ma faute !

C’est ta faute

Ce n’est pas ma faute !

C’est ta faute

Ce n’est pas ma faute ?

C’est ta faute

C’est ma faute ?

C’est ta faute

C’est ma faute

C’est ta faute

C’est ma faute

C’est ma faute

C’est ma faute

Coupable

Coupable Coupable

Coupable Coupable Coupable

Coupable Coupable Coupable Coupable Coupable

Coupable Coupable Coupable Coupable Coupable Coupable Coupable Coupable Coupable Coupable Coupable Coupable Coupable Coupable Coupable Coupable Coupable Coupable Coupable Coupable Coupable Coupable Coupable Coupable Coupable Coupable Coupable

 

Tu ne mérite rien

 

Quelqu’un m’agrippe le bras brusquement. Yuto me regarde d’un air des plus sérieux.

– On doit agir maintenant.

Alors que je reste muette ne sachant pas comment réagir, il reprend rapidement la parole, toujours en me fixant avec ce même air.

– J’ai besoin de toi.

Il passe devant les élèves, me tirant avec lui au centre de la scène.
– Écartez-vous s’il vous plait !

Il se dirige vers la professeur Yuu que je n’avais pas remarqué. Elle est tétanisée, ne sachant pas comment agir au mieux.

– Professeur, allez appeler les urgences.

Elle semble paniquée et bafouille mais Yuto parle plus fort pour la ramener sur terre.

– Maintenant Professeur !

– O-oui !

Elle se précipite vers la salle des professeurs, bousculant les élèves sur le passage. Yuto se penche ensuite au dessus du visage de Mia alors que les élèves obéissent enfin à son ordre. Il lui parle doucement:

– Est ce que tu m’entends ? Tu peux me dire où tu as mal ?

Mia ouvre lentement les yeux et murmure d’une voix coupée:

– Ma tête …mon …mon cou….

Puis elle ré-ouvre, soudainement, en plein ses yeux, commençant à gesticuler comme elle le peut, hurlant de plus en plus fort:
– Ma tête ! J’ai mal ! J’ai mal !

Yuto lui agrippe précipitamment la tête de Mia afin de la maintenir puis se retourne vers les élèves.

– J’ai besoin d’aide ! Il ne faut surtout pas qu’elle bouge !

Comme si un éclair m’avait frappé, mon corps réagit enfin à mes ordres et s’avance vivement vers la victime. J’agrippe ses bras qui gesticulent dans tout les sens en les plaquant fermement à terre. Yui, face à mon action, s’avance à son tour et maintient comme elle le peut les jambes de Mia. Elle pleure de grosses larmes, retenant ses sanglots sûrement du à la cruauté de la scène. Je me rends compte du courage dont elle fait preuve.

– Maintenez la doucement, sans trop appuyer sinon vous allez lui faire mal.

J’ai l’impression que la scène dure des heures. Alors que la victime se calme un peu, Yuto lui murmure des mots rassurants pour la détendre. Mes yeux alors sur Yuto, se détourne pour retomber sur le sang. Je ferme précipitamment les yeux. Il ne faut pas que j’y pense maintenant. Il y a plus important. Bien que mes paupières restent agripper l’une à l’autre, je sens un léger froid vers mes genoux. Quelque chose commence à venir chatouiller mes jambes repliées sur le sol. Je ne dois absolument pas ouvrir les yeux sachant pertinemment la consistance de cette chose que s’étend autour de moi. Mon esprit s’embrume à imaginer cette couleur flamboyante autour de moi.

 

Tu es une honte

 

La ferme …

Comment as-tu pu ?!

 

La ferme ….

Tu ne mérite pas de vivre

 

 

Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi !

 

– Ils arrivent !

Professeur Yuu déboule en courant devant nous accompagnée de Rina. Celle-ci écarquille les yeux mais ne perd pas une seconde avant de se mettre à côté de moi pour maintenir les hanches de Mia. D’autres professeurs arrivent sur la scène et écartent les élèvent plus spectateurs que intervenants. Professeur Yuu, les larmes aux yeux, remonte difficilement ses lunettes avant de se positionner à côté de Yui. Rina me tapote légèrement la tête, souriant faiblement avant de se retourner vers Yuto. Ceux-ci parlent mais je n’écoute plus rien. Pour échapper à la scène, je regarde le ciel bleu éblouissant à travers la vitre du couloir. Faites qu’ils n’arrivent pas trop tard…

 

 

Ça sent le plastique neuf des ballons et la poussière des sacs. L’odeur me pique le nez néanmoins c’est bien meilleur que les moisissures. Je n’y vois pas à 20 cm autour de moi. Tout ce que je sais c’est que je me situe vers les barrières et les filets qui construisent une petite cachette. Je doute de savoir comment trouver la sortie mais c’est le dernier de mes soucis. Je n’y vois rien. J’aime cette sensation. Pourtant, elle me plonge dans le silence de ce que je ne veux pas entendre mais je m’y sens bien. Je n’y vois rien. Personne non plus ne me voit. Je veux rester là pour toujours. Même si je dois lutter pour ne pas m’en rappeler, je n’y vois rien. Je sens simplement mes cheveux collés à l’humidité de mon visage ainsi que la brûlure de mes genoux. Je n’oublierai pas le vision de ce liquide rouge sur mes genoux. Seulement, il n’y est plus maintenant. Et je n’y vois rien. Je ne crains rien ici. Mais, mon plaisir noir s’éclaircit à l’ouverture de la porte en face de moi qui laisse rentrer la lumière dans la pièce. Elle m’éblouit tellement que je passe ma main devant mes yeux.

– Ah prêtresse ! Tu es là ! Je t’ai cherché partout ! Qu’est-ce que tu enfermés ici ?

Yuto … Je n’ai pas envie qu’il me voit dans cet état. Mes genoux se replient sur mon buste tandis que mes bras les serrent plus fort à leur tour. Je l’entends s’approcher puis s’accroupir en face de moi, me cachant de la lumière.

– Tout va bien ?

Je ne réponds pas. Pars vite s’il te plait ! Je veux être seule. C’est mieux d’être seule. Laisses-moi. Seulement, mes mots n’arrivent pas à exprimer mes pensées. Aucun mot ne sort de ma bouche. J’ai beau hurler à l’intérieur, rien ne sort à l’extérieur. Soudainement, j’entends le bruit d’un vêtement que se froisse ainsi que l’ombre se s’agrandir. Il s’est assis face à moi, je le sais. Mon corps se contracte un peu plus. Je ne veux pas le voir.

– Je ne sais pas si je devrais faire ça mais…murmure-t-il dans le froid de la pièce.

Intriguée par sa phrase, mes bras desserrent légèrement mes jambes. Sa voix est plus proche qu’avant.

– Sayuri.

A l’entende inhabituel de mon prénom, je relève craintivement la tête. Avant que je ne puisse agir, des bras m’entourent et ma tête se retrouve dans le cou rempli de cheveux blonds. Ils brillent à la lumière. C’est ça une affection physique ? Il me serre contre son torse et me murmure doucement:

– C’est fini, tu as bien agis.

Les larmes dégringolent de mes joues, atterrissant dans son col. Mes yeux ne peuvent plus voir tellement ils sont brouillés par le liquide qui se déverse telle une cascade. Je serre à mon tour son cou de mes bras, enfouissant ma tête dans sa nuque, lâchant ainsi les sanglots que ma bouche veut camoufler. Je ne sais combien de temps nous somme rester ainsi. Sûrement jusqu’à ce que je n’ai plus de larmes, plus de sanglots à déverser. Me sentant calmer, il souffle doucement:

– Mia a été pris en charge. Tu es partie si vite que j’ai cru que tu t’étais évaporée. Les pompiers m’ont dit qu’il y a de grandes chances qu’elle s’en sorte. Mais il y a quelque chose de bizarre.

Alors que j’étais rassurée d’apprendre ses nouvelles, je me m’écarte doucement, déroulant mes bras de son cou, à l’entende de ses derniers mots. Je le regarde, demandant silencieusement ce qu’il entend par là. Il répond à ma question, les bras toujours autour de moi.

– Qui tombe en arrière dans les escaliers ? Surtout qu’elle était seule…

Ma main passe sur mon visage pour sécher les larmes de mes yeux, sentant au passage la chaleur de mes joues. Mon regard se pose dans le vide. Alors quelqu’un aurait poussé Mia ? Mais qui ? Et puis surtout pourquoi ? Je dois découvrir le coupable sur le champ. La mission Yuto Fujita est mis en pause. Je dois d’abord trouver qui a bien pu commettre cet acte si ignoble.

 

Chapitre Précédent                                                                                                           Chapitre Suivant

2 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *